Boîte à Outils Scénaristes

L'OFB : Office Français
de la Biodiversité

L'OFB : Office
Français de la
Biodiversité

L'OFB : Office
Français de la
Biodiversité

Sommaire

Sommaire

Générique de fin

(mais qu’on met au début sinon personne ne le lira)

Direction de collection : Alexis Bessin.

Auteurs et autrices : Marianne Barrouillet, Oriane Berthou, Aline Crétinoir, Guillaume Erbs, Juliette Marquet, Elodie Namer, Martin Soudan.

Un immense merci à l’Office français de la Biodiversité d’avoir accepté de nous ouvrir les portes de leur univers passionnant. Merci à l’ensemble des agents et agentes qui nous ont accueillis et fait confiance.

Merci aussi à Maxime Collin et Mickaël Denis de France Nature Environnement, ainsi qu’à Cléo Moreno de l’Affaire du Siècle.

Merci à Elvire Coudray pour le magnifique travail de graphisme, qui rend cet outil si agréable à lire.

Enfin merci à Alix Haye et Marie Wallaert pour leurs relectures et réécritures, à l’affût des répétitions et des fautes de frappe.

Les commentaires sont de la responsabilité de Nouvelle Séquence, relèvent des avis personnels des rédacteurs scénaristes de cette boîte à outils et ne sauraient engager la responsabilité de l’OFB.

Bonne lecture !

Introduction

Boîte à Outils : mode d'emploi

Ce document protéiforme est une boîte à outils, fabriquée par des scénaristes et pour des scénaristes. Rien à voir avec une thèse ou un travail journalistique : tout y est purement subjectif et certes incomplet. Elle est le résultat d’un travail collectif et bénévole. Son but n’est pas de faire de vous des spécialistes du sujet ou de vous inciter à écrire une grande fresque sur l’Office français de la Biodiversité, mais bien de nourrir vos projets. Que vous soyez une scénariste de thriller rêvant d’une course-poursuite entre agents de l’OFB et braconniers ou un auteur de comédie romantique fantasmant un coup de foudre entre un agriculteur et une technicienne de l’environnement, cette boîte à outils vous permettra d’approcher les potentialités fictionnelles de l’OFB. Vous y trouverez donc moins des réponses définitives qu’un terrain de jeu dramaturgique… Amusez-vous bien !

Pourquoi l’Office français de la Biodiversité ?

Aristote, Hitchcock et Lavandier s’accordent sur un point : en dramaturgie, plus l’objectif du héros est difficile à réaliser et plus il aura de chance d’intéresser le spectateur. Ce principe explique à lui seul pourquoi les scénaristes français devraient se pencher de toute urgence sur l'OFB. Quel est l'objectif de cet établissement public de 3 000 agents éparpillés sur tout le territoire français ? Rien de moins que sauver le vivant, préserver les espèces, les milieux, l'eau, les forêts et la faune sauvage. Il s'agit sans doute de l'ambition la plus écrasante qu'on puisse confier à des êtres humains.

Et pourtant, ces hommes et ces femmes s’y emploient avec passion et patience. Ils enfilent leur uniforme, remontent la piste d’un animal sauvage volé, contrôlent des chasseurs, cartographient des zones humides, autopsient un dauphin échoué, suivent le retour du loup... Dans une salle de réunion, dans la boue ou dans un bateau, à l'aube ou dans la nuit, les agents de l’OFB doivent ainsi comprendre comment fonctionne le vivant puis convaincre, expliquer et parfois sanctionner. Héros sisyphéens, ils rentrent le soir en sachant qu’il faudra recommencer demain, parce que la nature n'attend pas…

La valeur fictionnelle de ce quotidien tient également au conflit entre l’ampleur de la mission confiée et la faiblesse des moyens alloués. Le budget ? Diminue d’année en année. Les effectifs ? En tension permanente. Le matériel ? Souvent insuffisant. A cela s’ajoute la défaillance morale d’un État se drapant dans l'écologie quand elle est électoralement porteuse mais reculant quand elle coûte politiquement. En lisant cette boîte à outils, vous vous apercevrez ainsi que le vrai drame de ces agents ne réside pas dans le face-à-face avec le braconnier ou l'agriculteur en colère mais dans une forme de solitude structurelle. 

Pour tous les conflits qu’elle porte et révèle, ses personnages et ses décors, l'OFB offre un terrain de fiction vierge au service d'une cause qui constitue littéralement une question de survie.

Alexis Bessin.

Alexis Bessin.

1. Missions

1. Missions

1. Missions

Bienvenue à l'Office français de la Biodiversité, établissement public né en 2020 et placé sous la double tutelle des ministères de l'Environnement et de l'Agriculture — ce qui, vous en conviendrez, ressemble déjà un peu à servir deux maîtres aux intérêts pas toujours alignés. Parmi les cinq missions qui vous sont proposées : police de l'environnement, connaissance et expertise, gestion et restauration des espaces protégés, appui aux politiques publiques, et mobilisation des acteurs. 

Sur le terrain, le décor change selon les épisodes. Sur la façade maritime, les agents traquent la pollution et veillent sur les dauphins et les phoques. Dans le Nord et les régions rurales, ils surveillent la chasse, luttent contre le braconnage et le trafic d'espèces protégées. En montagne, ils suivent la piste du loup, de l'ours ou encore du gypaète barbu (un vautour). En Outre-mer, ils protègent les récifs coralliens, les mangroves, et s'attaquent aux trafics internationaux de tortues marines. A chaque territoire sa faune, sa flore et ses écosystèmes.

Et quand ils ne sont pas dehors, ils sont dedans : le nez dans les dossiers. L'OFB est régulièrement sollicité pour rendre des avis techniques sur des projets d'aménagement : usines, zones industrielles, extensions en tous genres. Des projets qui, souvent, tombent pile sur une zone humide ou un habitat protégé. Les agents vérifient, compilent, synthétisent, rédigent. Avis favorable ou défavorable (pas toujours contraignant) : le maître d'ouvrage devra souvent s'adapter. Ajoutez à cela que ces mêmes agents doivent parfois défendre leurs propres enquêtes à la barre - face à des avocats chevronnés qui n'hésitent pas, selon leurs propres mots, à être "clairement agressifs parfois". Dans ce domaine comme dans d’autres, les agents de l’OFB apprennent en partie sur le tas.

Police de l'environnement

La majorité des agents de l’OFB sont avant tout des policiers : on parle de 1700 agents sur les 3000 agents de l’OFB. On les appelle “inspecteurs de l’environnement”. A l'image des gendarmes, ils conduisent des enquêtes judiciaires, mènent des investigations destinées à rassembler les preuves nécessaires à la caractérisation des infractions commises, et à identifier leurs auteurs. Afin de mener à bien cette mission, les agents disposent d’un double pouvoir : judiciaire (dépendant du parquet) et administratif (relevant des préfets/ministères de l’Environnement et de l’Agriculture). Cette double tutelle est autant une force qu’une contrainte car elle impose des procédures strictes et… beaucoup de patience ! Par exemple, aucune perquisition ne peut être menée sans l’autorisation écrite envoyée par le procureur de la République !

Une partie des agents de terrain a mal vécu ce tournant judiciaire. Davantage issus du monde des gardes-chasses ou des gardes-pêches, ils avaient plutôt une culture de la contravention, et connaissaient mal les méthodes d’enquête judiciaire. Le vocabulaire même de la procédure pénale — auditions, perquisitions, gardes à vue — suscitait chez certains agents une forme de crainte, comme si le simple fait d’entrer dans ce registre procédural signifiait que la situation avait déjà basculé dans quelque chose de grave ou d’hostile. Pourtant, renforcer leurs compétences judiciaires leur permet précisément de viser certains barons de la criminalité environnementale. Ces enquêtes offrent aux agents un cadre d’action plus solide, plus protecteur juridiquement, et souvent moins risqué sur le terrain qu’une confrontation improvisée au moment du contrôle.

Ressource :

Les stages citoyenneté 

En alternatives aux sanctions, le contrevenant peut participer à une journée (comme un stage récupération de points) avec un représentant du Parquet, des agents de l'OFB, de réserves etc. Ils accueillent les contrevenants pour leur expliquer les enjeux de préservation, la réglementation environnementale… L’objectif ? La prise de conscience. Et c’est assez efficace ! 

Police cynégétique 

Certains policiers de l’OFB assurent plusieurs missions autour de la chasse

  • Le respect des horaires légaux de chasse — un point sensible car certains chasseurs sont tentés de débuter avant l'heure autorisée à l'aube, ou au coeur de la nuit.

  • Le respect des espèces protégées - par exemple, le canard vole avec des espèces qu'il est interdit d'abattre.

  • Les quotas de prélèvement.

  • Les conditions de chasse et la sécurité des chasseurs (port du gilet orange obligatoire, respect des angles de tir, manipulation correcte des armes, etc). Ces opérations sont fréquemment menées en lien avec la gendarmerie et les fédérations départementales de chasse. 

© CC0 Domaine public

Histoire vraie :

La répression du grand braconnage nocturne en voiture 

La préparation et l’interception d’un véhicule de braconniers s’apparentent à une opération menée par des policiers spécialisés contre de dangereux trafiquants. Les suspects sont armés, potentiellement violents, et l’intervention se déroule de manière fulgurante : leur véhicule est bloqué par plusieurs voitures de l’OFB, empêché de manœuvrer ou de prendre la fuite. Les occupants sont immédiatement maîtrisés, désarmés puis interpellés. 

Là encore, ces missions peuvent diverger selon la faune de la région : là où l’OFB Normandie encadre plutôt la chasse au grand gibier, celle du Nord travaille davantage autour de la chasse aux canards sauvages. Le péril reste similaire pour l’agent, qui doit souvent prendre en flagrant délit quelqu’un d’armé, voire récalcitrant. Ajoutez à cela les risques liés aux zoonoses — une grippe aviaire circulant parmi les oiseaux migrateurs, une peste porcine détectée chez les sangliers, ou encore des animaux retrouvés contaminés après une battue — et les policiers de l’OFB basculent soudain dans des opérations à très haute tension. Ils doivent sécuriser des zones infectées, manipuler des carcasses potentiellement contaminées, empêcher le transport illégal de gibier ou interrompre des chasses en pleine saison sur décision préfectorale. Dans ces conditions, le moindre contrôle peut dégénérer : un coffre refusé à l’inspection, un animal caché, une battue maintenue malgré l’interdiction…

La chasse aux canards sauvages

La chasse aux canards sauvages

17h. Le ciel lillois est gris, opaque. Nous partons vers un parking de ralliement situé à quarante-cinq minutes de route. Sept agents de l’OFB participent à cette opération de contrôle dans des huttes de chasse installées près des zones humides. Leur mission consiste à vérifier les autorisations, les munitions utilisées — le plomb est interdit car il pollue les sols et provoque le saturnisme — mais aussi le respect des règles sanitaires liées à la grippe aviaire. Les agents contrôlent également les “appelants”, ces canards domestiques utilisés pour attirer les oiseaux sauvages, qui doivent être bagués et déclarés.

Pendant le trajet, Jean, l’un des agents, détaille les mesures de biosécurité imposées aux chasseurs : quotas d’appelants, registre de traçabilité, nettoyage du matériel en contact avec l’eau ou les oiseaux. Il explique surtout combien ces contrôles reposent sur la pédagogie et la présence de terrain. « On ne peut pas être partout », glisse-t-il en regardant défiler les plaines détrempées derrière la vitre.

À la tombée de la nuit, nous arrivons sur le parking de ralliement. Les agents enfilent leurs gilets pare-balles siglés « agent de l’environnement », ajustent leurs lampes frontales sans les allumer et remontent leurs cuissardes couvertes de boue séchée. Puis les voitures repartent vers les marais. La pleine lune éclaire faiblement les chemins de campagne. À partir d’un certain point, tout se fait à pied et dans le silence. Les huttes disposent parfois d’amplificateurs permettant d’entendre les mouvements extérieurs ; les agents avancent donc discrètement, en file indienne, dans les ornières remplies d’eau.

Plusieurs huttes sont finalement vides. Entre deux contrôles, les agents discutent météo, migrations et habitudes des chasseurs. Certains racontent les longues nuits passées dans les marais, les contrôles sous la pluie ou les tensions que peut provoquer une simple verbalisation dans des territoires où tout le monde se connaît. Une pause dîner s’improvise au bord d’un chemin boueux. Chacun sort une soupe maison ou un café encore tiède du thermos pendant que les jumelles à vision nocturne circulent de main en main. À travers l’objectif, les champs deviennent verts et silencieux.

Peu avant minuit, une dernière hutte est occupée. Des voix étouffées et le bruit des appelants flottent dans l’obscurité. Les agents se présentent puis procèdent calmement aux vérifications. À l’intérieur, la hutte ressemble à une petite pièce de vie aménagée pour passer la nuit : fusils rangés contre un mur, cartouches éparpillées, café encore chaud. Plusieurs irrégularités sont constatées : certains appelants ne sont pas déclarés, plusieurs chasseurs n’ont pas leurs documents sur eux et un jeune homme possède un fusil sans permis valide. Les échanges restent mesurés. Les agents rappellent les règles, notamment celles liées au risque de propagation de la grippe aviaire, puis dressent plusieurs amendes avant de quitter les lieux cordialement et de reprendre la route dans la nuit des marais.

Atteintes à l’environnement

Les agents de l’OFB sont chargés d’enquêter sur les pollutions et de rédiger des constats : entreprises qui déversent dans les eaux des produits toxiques, agriculteurs qui ne respectent pas les zones d’épandage, pêcheurs qui ne respectent pas les limites (zones de pêche autorisée, taille des captures…). Là encore, ces missions varient selon les activités économiques du territoire : là où certains agents contrôlent surtout des élevages intensifs ou des épandages agricoles, d’autres interviennent davantage autour d’usines chimiques, de carrières ou de rejets dans les cours d’eau. Le danger reste pourtant le même pour l’agent, qui doit souvent constater des infractions en présence directe des exploitants, parfois hostiles ou prêts à dissimuler des preuves. Ajoutez à cela les risques toxiques, les pollutions, les pressions politiques locales ou les conflits d’intérêts économiques, et vous obtiendrez des situations hautement inflammables… 

Prélèvement d’eau pollué

DARK WATERS

La pollution de l’eau représente un pan important des missions de police de l’OFB ; qu’elle vienne d’une entreprise, exploitation agricole ou d’un rejet domestique, l’objectif reste le même : identifier le responsable, dresser un constat d’infraction et imposer une remise en état du milieu.

Histoire vraie :

L’affaire la plus marquante à ce sujet reste la pollution de l’Escaut. En 2020, la digue de la sucrerie Tereos, qui retenait des eaux de lavage de betteraves, a cédé. Environ 100 000 mètres cubes d’eau souillée se sont déversés dans l’Escaut. La pollution s’est propagée sur plus de 50 kilomètres, jusqu’en Wallonie. Elle a provoqué la mort de millions de poissons.

L’enquête administrative et judiciaire menée par l’OFB a permis de documenter précisément les causes et l’ampleur du dommage. Elle a conduit à la condamnation de l’entreprise à une amende de 500 000 euros, ainsi qu’au versement d’environ 9,28 millions d’euros de dommages et intérêts et de frais de justice aux nombreuses parties civiles. L’OFB a également témoigné à l’audience pénale.

Aujourd’hui, l’OFB ne mène pas de réintroduction d’espèces dans cette zone. Il intervient en revanche, depuis plusieurs années, en appui technique pour la reconstitution de milieux naturels favorables à la faune aquatique. Ces opérations de réparation environnementale sont encadrées par arrêté préfectoral et imposées au pollueur condamné. Elles mobilisent des travaux lourds de restauration écologique, financés par l’entreprise responsable.

INSPI SCÉNARIO

Frites en eaux troubles

EXT. CHAMPS - APRÈS-MIDI 


MATTHIAS (48), JULIE (29) et NICOLAS (33) avancent d’un pas rapide le long d’un chemin de terre bordant un champ de colza. Soleil écrasant au-dessus d’eux, grondement d’une machine agricole pas loin. 

Le trio stoppe net au bord d’un ru en contrebas. À la surface de l’eau, une mousse blanchâtre et épaisse. 

Matthias approche son visage et… recule aussitôt.


MATTHIAS

(grimaçant)

Ça, c’est pas naturel !


Nicolas se penche à son tour et renifle.


NICOLAS

On dirait de l’amidon… 

(plissant le nez)

… Mais y’a pas que de la patate. 


Julie repère quelque chose dérivant à la surface et s’accroupit pour l’attraper. 

Entre ses doigts : une frite molle, gonflée par l’eau.


NICOLAS

(ironique)

Miam !


Julie esquisse un sourire… qui retombe aussitôt en croisant le regard fermé de Matthias.


MATTHIAS

Rejet direct. Maintenant faut confirmer la pollution.


Le silence s’abat soudain autour d’eux. Tous lèvent les yeux vers le champ. La machine agricole s’est arrêtée et son conducteur semble les observer.


JULIE

(soudain tendue)

On est sur quelle parcelle déjà ?


NICOLAS

(hésitant)

Les Brugoliers… Ils ont déjà pris un contrôle l’an dernier.


Matthias ouvre la glacière et sort le matériel. 


MATTHIAS

Y’a une friterie et une autre exploitation en amont. On suppose rien pour le moment.


Julie ne lâche pas le champ du regard. 


JULIE

Ouais… enfin si c’est eux, ils vont pas nous dérouler le tapis.


Nicolas s’accroupit à côté de Matthias et lui tend un tube à essai. 


NICOLAS

Tu veux tester quoi en premier ?


MATTHIAS

Ammonium.


D’un geste précis, il prélève de l’eau avec une pipette puis la verse dans le tube à essai et y ajoute les réactifs.

Il programme ensuite un chrono de 6 minutes sur sa montre et se pose dans l’herbe. 


MATTHIAS

Maintenant, on attend.


Un temps puis : 


JULIE

(alerte)

On a de la compagnie.


Matthias et Nicolas se retournent. Au loin, trois silhouettes avancent vers eux d’un pas déterminé…

Lire ↓

Trafic d’espèces

Les trafics d’espèces protégées s’organisent autour de pratiques très diverses, qui touchent aussi bien la faune que la flore sauvage. Cela concerne ainsi autant les plantes rares prélevées en milieu naturel pour alimenter des circuits de collection clandestins que les animaux vivants destinés à des filières illégales, ou pour créer des produits dérivés (fourrure, cuir…). Pour enquêter sur ces cas, les policiers de l’OFB conduisent des opérations de surveillance, de contrôle routier et de saisie, dont l’enjeu principal consiste à localiser les animaux et à les sécuriser. 

Dans ce type d’enquêtes, l’agent de l’OFB recherche l’animal à différentes étapes. Il repère d’abord les animaux déjà introduits dans des circuits de revente (notamment via des plateformes d’annonces en ligne ou des réseaux informels), puis participe à des opérations de filature pour remonter les filières, depuis la transaction finale jusqu’au lieu de capture initial. Il réalise ensuite des perquisitions dans des lieux de stockage puis interpelle les trafiquants. Dans certains cas, il localise aussi des spécimens relâchés illégalement dans le milieu naturel afin de limiter un risque d’invasion biologique ou d’identifier leur origine pour reconstituer la chaîne complète du trafic. 

Ara en cage © Thắng-Nhật Trần - Pexels

Un lionceau dans le bâtiment D 

Après création d’un compte Snapchat adhoc pour rester en veille sur les infractions, un agent de l’OFB repère une vidéo sur laquelle apparaît un fauve (lionceau ou même lion adulte). Il localise la vidéo et intervient pour récupérer le fauve, avec l’aide des pompiers. Un produit anesthésiant peut être utilisé pour pouvoir le récupérer sans danger. 

“le premier appart qu’on fait n’est pas le bon. On nous dirige sur un deuxième gars, on arrive chez lui, toujours pas de fauve. Le troisième appartement était le bon, mais ils avaient mis le lionceau chez le voisin pour le planquer. Il y avait un enfant et il a dit au gamin de ne surtout pas ouvrir. On a attendu, et un autre gamin est rentré de l’école et a ouvert l’appartement. On a foncé dans l’appartement, le lionceau était allongé sur le lit du gamin”.  

Que font les fauves dans ces appartements / les caves de ces immeubles ? 

Ils servent à des combats de chiens ou comme accessoires pour faire du contenu sur les réseaux sociaux (imitation clips de rap). 

“On a retrouvé une hyène aussi dans une barre d’immeubles, pour des combats de chiens clandestins”. 

Reptiles et crocodiles, et vétérinaires de mêche

Un contrôle au sein d’un reptilarium révèle des irrégularités (plus de 2000 infractions!) et le juge ordonne la fermeture administrative du lieu. Il faut reloger les animaux qui vont du serpent au crocodile avec l’aide d’associations, l’OFB trouve d’autres structures pour accueillir les crocodiles, parfois à l’autre bout de la France. Les vétérinaires (surtout les spécialistes en NAC - “nouveaux animaux de compagnie”) sont parfois de mèche avec les trafics, ils acceptent de ne pas pucer/déclarer tous les animaux.

Ressource :

La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur ce lien :  https://ofb.gouv.fr/la-convention-sur-le-commerce-international-des-especes-sauvages 

Gestion et restauration d’un espace naturel  

Une autre mission de l’Office français de la biodiversité consiste à “protéger, restaurer et gérer les espaces naturels en France”. L’OFB s’occupe de plusieurs réserves nationales et parcs naturels marins. 

Missions
  • Protéger : Comment protéger les milieux naturels sans bloquer les activités humaines qui en dépendent ? L’objectif de l’OFB dans un espace naturel est de donner aux écosystèmes la possibilité de résister et de s’adapter aux changements, voire de restaurer des fonctionnalités ciblées — par exemple rendre à une plage son attractivité vis-à-vis de certains oiseaux pour leur permettre de s’y reproduire —  de manière réaliste compte tenu des réalités économiques et sociales de la zone.

  • Restaurer : Mais que veut dire restaurer ? On ne rendra jamais à cette nature son état virginal. De fait, particulièrement en milieu marin, on ne saurait même pas à quel état aspirer puisqu’on ignore comment se trouvaient les écosystèmes avant le début du chalutage ou avant l’introduction de l’huître creuse japonaise… 

  • Gérer : Gérer un espace naturel ne consiste donc pas à le sanctuariser mais à arbitrer en permanence entre des usages parfois contradictoires : pêche, tourisme, agriculture, urbanisation, loisirs nautiques, chasse ou protection des espèces. Les agents de l’OFB et des parcs naturels doivent composer avec des acteurs locaux aux intérêts divergents, négocier des compromis…

En pratique

La bible de l’aire protégée (CF PHOTO), c’est le Plan de Gestion. Ce document de plusieurs centaines de pages fixe le programme et les objectifs de l’OFB sur quinze ans. Quinze ans, c’est très long à l’échelle de la politique du territoire — les élus passent, les arbitrages changent — mais très court à l’échelle de la biodiversité. C’est le paradoxe dans lequel vivent les agents : tenir le cap d’un projet inscrit dans la durée, tout en sachant qu’un changement de préfet, de ministre ou de majorité locale peut rebattre les cartes en quelques mois.

Attention cliché :

Ce n’est pas parce qu’un espace est étiqueté « Parc naturel marin » qu’il existe une importante marge de manœuvre. En réalité, cela implique rarement des interdictions strictes. Concrètement, les agents assurent le suivi scientifique et tentent de construire des compromis. La règle d’or : comprendre avant de contraindre. 

Cela implique de composer en permanence avec les parties prenantes : organisations de pêcheurs, conchyliculteurs, collectivités, gestionnaires portuaires, associations d’usagers ou de loisirs. Le travail est souvent anti-spectaculaire, fait de terrain, de relevés, de réunions, de négociations lentes…

Liste à la Prévert de situations concrètes 

  • Intervenir quand un mammifère marin s’échoue sur la plage (en lien avec le réseau Pelagis), pour déterminer les causes de mortalité et alimenter les bases nationales de suivi des populations. 

  • Équiper de balises les différentes espèces, et suivre leurs trajets, pour mieux comprendre leurs zones d’alimentation ou de reproduction.

  • Faire des virées en mer pour mesurer la température, la salinité ou la qualité de l’eau, observer les habitats sensibles.

Attention cliché :

Produire des données n’est jamais neutre

Ce travail de terrain, très matériel, produit une connaissance fine du milieu marin et de ses évolutions. Mais cette production de données n’est jamais neutre. Elle s’inscrit dans un espace où chaque observation peut déplacer la lecture d’un territoire et venir questionner des usages installés de longue date. C’est là que la dimension politique apparaît, parfois de façon très concrète, presque banale en apparence. La gestion du littoral se construit alors dans un équilibre fragile entre science, concertation et arbitrages politiques.  

Ici un pêcheur qui cherche des vers dans le sable avec une pelle :

« Vous voyez ? Il creuse un grand trou, c’est ça qui abîme les herbiers.
— On va lui dire d’arrêter ?
— On ne peut pas, il en a le droit. »

Un peu plus loin, sur une plage, le recensement des déchets devient une autre forme d’enquête silencieuse :

« Et cette balle de golf, je la classe dans “polymères spéciaux non identifiés” ou dans “jouets” ? »

Ou encore, dans le dialogue avec des ostréiculteurs :

« Vous en penseriez quoi qu’on installe des balises pour la circulation des tracteurs, histoire de ne pas rouler sur les herbiers ?

— Ah non, pas encore des réglementations… on sait bien où ça mène ! »

Exemple d'action de protection des milieux : L'herbier

Au cœur des zones sableuses soumises aux marées, les agents de l’OFB interviennent dans des espaces où les usages humains et les équilibres naturels se superposent en permanence. Les herbiers de zostères, souvent invisibles à première vue, sont des prairies marines formées de plantes aquatiques qui couvrent le fond marin peu profond. Ils se situent directement dans les zones exploitées, là où se croisent exploitants, engins et activités multiples du littoral. Leur fragilité impose une vigilance constante, car un simple passage de tracteur peut suffire à les dégrader.

Sur le terrain, l’agent n’agit jamais seul face à un système. Il circule entre les acteurs, observe les pratiques, écoute les contraintes et cherche à comprendre les usages réels de la zone. Il consulte les ostréiculteurs, interroge leurs habitudes de travail, mais aussi les autres usagers du site, afin de reconstituer une vision complète des interactions autour de l’herbier et des pressions qui s’y exercent.

Son rôle est autant technique que pédagogique. Il doit expliquer ce que sont ces prairies marines et leur fonction écologique, sans les imposer comme une évidence, et faire émerger des ajustements possibles dans les pratiques. Cette médiation se construit dans la durée, au fil des échanges, souvent dans un rapport d’équilibre fragile entre impératifs économiques et protection du milieu naturel.

Connaissance et expertise des milieux et de la biodiversité

Avant même de protéger la biodiversité, encore faut-il la connaître ! Derrière les images plus visibles de contrôles ou d’enquêtes, une grande part de l’activité de l’OFB repose sur une expertise de terrain continue, faite d’observations, de prélèvements et de suivis dans des milieux très variés. Des agents réalisent des inventaires d’espèces, collectent des données sur la qualité de l’eau ou participent à des campagnes en mer pour documenter les dynamiques des écosystèmes.

Cette production de connaissance s’appuie sur des dispositifs scientifiques structurés et des réseaux spécialisés. Elle mobilise des protocoles d’observation standardisés, des campagnes de suivi à long terme et des bases de données qui permettent de comparer l’évolution des milieux dans le temps. Elle s’enrichit aussi de partenariats avec des organismes de recherche comme le Muséum national d’histoire naturelle ou plusieurs laboratoires du CNRS, qui permettent de croiser expertise de terrain et recherche fondamentale. L’ensemble forme un travail patient de construction et d’ajustement permanent de la connaissance du vivant, à partir du terrain.

Recherche

À savoir :

Quelques exemples de projets de recherche à l'OFB


  • Les milieux aquatiques à l’heure du changement climatique

  • Les impacts des PFAS, les micropolluants comme les pesticides et les engrais chimiques sur la biodiversité

  • La restauration écologique des cours d’eau 

  • L’impact des espèces exotiques envahissantes (flore et faune, par exemple les écrevisses américaines qui peuvent marcher 1km donc impossible à éradiquer)

  • La construction d’une IA de reconnaissance des poissons

  • L’impact des panneaux photovoltaïques installés sur les plans d’eau

  • L’éco-acoustique des sons de la forêt

  • La co-existence entre grands prédateurs et sociétés humaines 

  • Les comportements des oiseaux migrateurs, castors, sangliers, cerfs, loups, ours…

Attention cliché :

On pourrait croire que l’OFB est à l’origine des projets de recherche et de restauration qu’il mène. Ce n’est en réalité pas le cas : la plupart du temps, l’OFB intervient en réponse à des sollicitations des autorités, de gestionnaires (EDF, collectivités, fédération de pêche…)... Très souvent, l’OFB coordonne aussi des programmes de recherches en partenariat avec l’INRAE, le Muséum national d'histoire naturelle, des laboratoires du CNRS

À savoir :

Passion acronymes

Accrochez-vous si vous assistez à une réunion de chercheur.ses de l’OFB car vous aurez de grandes chances de… ne rien y comprendre ! Et oui, en recherche, c’est passion acronymes et pour votre plus grand plaisir, en voici un petit florilèges (bien sûr, on vous laisse chercher leur signification car sinon, c’est pas drôle !)  : MAG20, BDA, ICE, CARIS, DCE, IAM, INRAE, DDT, REC, DRAS, CC, ECLA… Les chercheur.ses sont chargé.es de trouver les acronymes et s’en donnent à coeur joie. Leur plus grande fierté ? Le projet “LÉON BLOOM”, dont l’objectif est de mieux comprendre le fonctionnement de l'écosystème de l'étang de Léon (“bloom” faisant référence ici à la “prolifération d’algues”). 

À savoir :

Et les tics de langage qui vont avec 

“la biodiv” pour biodiversité 

“c’est pas un DCE ça” (sous entendu, le lac en question fait moins de 50 hectares, il n’est donc pas concerné par la directive cadre eau)

“y a eu un loupé” en réunion, pour dire avec des pincettes que quelqu’un a mal fait son travail

Histoire vraie :

On apprend qu’une des plus grandes peurs des agent.es de l’OFB travaillant sur les plans d’eau est de tomber sur… un cadavre ! Cadavre d’animal - imaginez se retrouver nez à nez avec un feu castor, le corps gonflé comme un ballon de  baudruche -, mais surtout cadavre humain ! Oui, vous lisez bien. Une mésaventure est encore sur toutes les lèvres : lors d’une pêche électrique (une méthode scientifique courante pour recenser les espèces), une chercheuse aurait fait remonter un cadavre humain… On ne vous raconte pas le trauma !

Enquête sur un lac du verdon

Enquête sur un lac du verdon

Le Verdon (avec la Durance) est l'un des principaux cours d'eau qui alimentent la région PACA en eau potable. Il est à la croisée de différents usages car c'est aussi un lac hautement touristique et pourvoyeur d'énergie, grâce au barrage géré par EDF.

Avec une technicienne et deux chercheuses, on monte dans le bateau homologué OFB. Faux départ : la marche arrière ne fonctionne pas. Qu'à cela ne tienne, on embarque dans un bateau de location. A nos pieds, le matériel de pointe cohabite avec un bric-à-brac d'outils. 

Premier stop : la berge restaurée. Elle a été endommagée par le passage des plaisanciers à pied et le batillage (mouvement de l'eau causé par les bateaux), ce qui cause une érosion qui a notamment pour effet, quand les sédiments tombent, d'asphyxier les fonds. Le low-tech est à la mode en matière de restauration car moins intensif en énergie, en coût, et ne dégradant pas les écosystèmes.

Ensuite, direction le barrage. On appelle EDF pour éviter que l’alarme ne sonne, et que les vigiles et la police ne viennent vérifier. Une fois l'appel passé, on s'approche du barrage. Mais on ne peut pas aller prélever les capteurs trop proches du barrage car le courant est trop fort, et le bateau de location électrique n’est pas aussi réactif que le modèle thermique de l’OFB.

Deuxième stop pour relever les capteurs thermiques. Cela consiste à repérer une bouée spécifique et à remonter un câble en s'aidant d'une manivelle. C'est fastidieux, peu ragoûtant (le câble est englué de vase et d’algues). Ensuite, il faut entrer dans l'ordinateur les données des dizaines de capteurs (un capteur par mètre de profondeur), via un adaptateur usb. C'est long et laborieux, mais nécessaire pour obtenir une courbe annuelle du réchauffement de la température du lac, en surface et en profondeur. En comparant ces données sur plusieurs lacs et sur plusieurs années, l'OFB remplit un vide d'information pourtant crucial. Le côté paradisiaque du site le ferait presque oublier, mais l’eau douce en France est en péril. Et cette mission permet de suivre cette évolution.

Parmi les personnes qui font de la recherche à l’OFB, il y a une figure incontournable : le technicien chercheur. Sa mission ? Trouver des solutions pour récolter des données sur la faune locale, et ce pour répondre à de multiples problématiques (aider à établir des quotas de chasse, mettre en place des dispositifs de préservation des espèces, étudier l’impact du réchauffement climatique, etc). Un job qui lui demande d’être une sorte de MacGyver : 

  • D'abord, il est sur le terrain. C'est lui qui collecte les données, pose les pièges photographiques, réalise les comptages d'espèces, prélève les échantillons. Il est le lien physique entre le protocole scientifique et la réalité du milieu naturel. 

  • Ensuite, il est au croisement de la recherche et de l'action publique. Contrairement au chercheur académique, son travail s'inscrit directement dans l'appui aux politiques publiques - ses données alimentent des décisions de gestion, des plans d'action, des avis réglementaires. Ce n'est pas de la science pour la science, c'est de la science pour décider. 

  • Enfin, il est souvent polyvalent, capable d'intervenir sur plusieurs espèces ou milieux, là où le chercheur tend à se spécialiser étroitement. C'est une expertise de généraliste du vivant, précieuse justement parce qu'elle fait le lien entre des disciplines que le monde académique a tendance à cloisonner.

Car pour protéger les animaux, encore faut-il comprendre comment ils vivent. Où se trouvent-ils ? Quels territoires parcourent-ils ? Dans quelles zones se reproduisent-ils et élèvent-ils leurs petits ? Pour recueillir ces informations, les agents de l’OFB mobilisent un savoir-faire de terrain souvent hérité du monde de la chasse ou de la lutte contre le braconnage : lecture des traces, pose de pièges photographiques, écoute des cris, observation des comportements ou encore analyse des excréments pour estimer l’état d’une population. Un mélange singulier d’instinct, de connaissances éthologiques et d’expérience du terrain.

Étude de cas : Comment capturer un lièvre variable

De qui avez-vous besoin ?

  • Vous, technicien chercheur qui connaissez le lièvre variable sur le bout des doigts

  • Au moins deux personnes que vous aurez choisies pour leur expérience, leur fiabilité et leur connaissance de la faune (naturalistes, chasseurs, collègues de l’OFB, voire même un stagiaire chevronné). 

1/ Rendez-vous au cœur d’un territoire déjà identifié, susceptible d’héberger des lièvres variables (peut demander des compétences en ski, ski de fond, alpinisme, escalade).

2/ Plantez un mât métallique surmonté d’un électroaimant dans la neige. 

3/ À l’aide de tubes métalliques, montez un cadre d’environ 2 mètres x 2 mètres. 

4/ Entrelacez les bords du filet dans ce cadre, comme une toile qu’on tendrait sur un châssis, puis fixez le centre du filet à l'électroaimant qui surmonte votre mât.

5/ Placez un appât sous votre filet, un lapin en bois par exemple (ou tout autre appât visuel qui tranche avec le manteau blanc immaculé).

6/ Placez un piège photographique / une caméra près de votre installation.

7/ Cachez vous un peu plus loin, surveillez l’activité à distance… et attendez la nuit. La patience est de mise. Préparez de belles histoires à raconter, éventuellement de quoi grignoter… évitez les marshmallows au coin du feu. Privilégiez plutôt une petite planque discrète.

8/ Lorsque le Lièvre Variable se présente, BOUM : déclenchez l’électroaimant qui se trouve en haut du mât pour faire tomber le filet.

🎉 Bravo, vous venez de capturer un Lièvre Variable 🎉

“Les léporidés sont curieux. Le lièvre variable de nuit vient au contact du lapin en bois, et quand il est dessus, on déclenche, comme dans les dessins animés.”

9/ Vous disposez de quelques minutes seulement pour le mettre en sac, le sexer, le peser, et l’équiper d’un collier de suivi GPS. Objectif : moins de 6 minutes de manipulation pour limiter le stress de l’animal (d’où la nécessité d’avoir des collègues expérimentés).

10/ OPTIONNEL : Donnez un petit nom à votre animal fraîchement relâché qui délivrera de précieuses informations pour l’étude de ses congénères.

PS : J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle : vous êtes prêt à suivre votre animal… qui sera désormais équipé d’un collier de suivi toute sa vie !

À savoir :

Un collier de suivi qui émet constamment depuis le même endroit veut sans doute dire… que l’animal équipé est décédé. Il est possible de récupérer le collier afin d’en faire un souvenir, mais il est plus compliqué de le réutiliser. Surtout quand l’animal en question a été déchiqueté par un prédateur qui n’aura pas épargné le collier.

Happy end :

Lors de récoltes de données, on constate qu’un lagopède équipé d’un GPS a effectué 14 km d’une seule traite, traversant la vallée de Chamonix d’un massif à l’autre. Cela démontre une connexion encore existante entre les grands massifs alpins. C’est donc une “lueur d’espoir” pour l’espèce car qui dit meetings de lagopèdes dit éventuellement réarmement démographique.

Si vous plissez les yeux, avouez que vous ne les voyez plus
Crédit : BMJ

Mobilisation de la société

La protection de la biodiversité ne se joue pas uniquement dans les laboratoires, les réserves naturelles ou les procédures judiciaires. Elle se joue aussi dans la capacité d’une institution à organiser la mobilisation de la société autour des enjeux environnementaux, en articulant des niveaux d’action très différents et des acteurs aux logiques parfois divergentes.

Cette mobilisation s’organise autour de plusieurs cercles complémentaires. 

  1. Grand public : rendre les enjeux de biodiversité concrets et compréhensibles à travers des actions de sensibilisation et d’éducation à l’environnement. 

  2. Acteurs institutionnels et territoriaux : intégration de la biodiversité dans les politiques d’aménagement, de planification et de gestion des territoires. 

  3. Acteurs socio-économiques (entreprises, filières professionnelles…) : accompagner l’évolution de leurs pratiques grâce à des références scientifiques, des outils techniques et des retours d’expérience. 

  4. Les associations : relais de terrain et vecteurs de mobilisation citoyenne. Elles permettent de diffuser les messages, d’animer des dynamiques locales et de faire émerger des sujets dans l’espace public. 

Cette mobilisation se traduit par des programmes très concrets, par exemple pour mieux comprendre les pressions qui s’exercent sur la ressource de l’eau, afin de faire émerger une demande sociale plus forte en faveur de politiques de protection. Il s’agit moins de transmettre une information que de favoriser une prise de position collective, en installant l’idée que la gestion de l’eau relève d’un bien commun qui engage l’ensemble de la société et nécessite des choix politiques assumés.

À savoir :

L’habitabilité 

L’habitabilité désigne les conditions concrètes qui rendent un territoire vivable dans le temps, pour les sociétés humaines comme pour le vivant. Elle renvoie à un ensemble d’équilibres écologiques fondamentaux — qualité de l’eau, des sols, des milieux, stabilité des écosystèmes — sans lesquels les activités humaines elles-mêmes deviennent progressivement intenables. Dans cette perspective, la biodiversité n’est plus un objet sectoriel parmi d’autres, mais un socle des conditions de vie.

  1. Arènes

  1. Arènes

  1. Arènes

Centre de recherche flambant neuf, local administratif qui a connu des jours meilleurs, bureau improvisé avec vue sur les sommets : à l'OFB, le cadre de travail est aussi varié que les missions. Petit tour d'horizon des quartiers généraux, du plus cossu au plus improbable.

Une vie de bureau comme les autres ? 

Dans une ville moyenne du littoral, les bureaux de l’OFB sont en plein centre-ville. Derrière une façade historique, on trouve des locaux refaits à neuf, et une terrasse baignée de soleil. On y mène une vie de bureau tranquille au rythme de la machine à café et de repas pris ensemble sous la pergola. En somme, les locaux de l’OFB parc marin ressemblent à ceux d’une entreprise classique…

Le bureau de Rémy, le directeur adjoint du parc, est quant à lui décoré de posters d’animaux et des plantes poussent à sa fenêtre. On dirait le bureau rêvé d’un enfant passionné de nature. 

Pendant ce temps, comme l’écho de la catastrophe climatique qui plane en off, une montagne de déchets est éparpillée dans une salle de réunion aux stores baissés. Ces déchets ont été ramassés sur un tout petit morceau de plage et attendent d’être triés et étudiés. Il y a des tuyaux, des munitions d’armes à feu, des jouets, du mascara … C’est un petit morceau du Septième Continent qui ne se laisse pas oublier.

Bureaux de “police”

Dans une petite ville normande, les bureaux de l’OFB sont au contraire assez vétustes. Situés dans une ancienne école qui appartient à la mairie, c’est une succession de grandes pièces (anciennes salles de classe), distribuées autour d’une cour. 

A Coutances (Manche). De très grands bureaux (salles de classes). 

Une salle d’interrogatoire. La décoration est volontairement minimaliste pour éviter toute distraction.

Aux murs des affiches sur la biodiversité, des animaux, des photos d’équipe, des coupures de journaux évoquant les interventions de l’OFB dans la région. 

Il y a également une salle fermée à clé recelant tous les objets saisis: 

  • de l’ivoire (“ils le font passer au four pour faire croire qu’il est vieux et donc qu’il est légal”)

  • des animaux empaillés (“que des espèces protégées”

  • des cages

A Coutances (Manche). De très grands bureaux (salles de classes). 

Aux murs des affiches sur la biodiversité, des animaux, des photos d’équipe, des coupures de journaux évoquant les interventions de l’OFB dans la région. 

Une salle d’interrogatoire. La décoration est volontairement minimaliste pour éviter toute distraction.

Il y a également une salle fermée à clé recelant tous les objets saisis: 

  • de l’ivoire (“ils le font passer au four pour faire croire qu’il est vieux et donc qu’il est légal”)

  • des animaux empaillés (“que des espèces protégées”

  • des cages

“La dernière loutre de la manche” qui décore leur bureau. 

Labo de recherche

En Provence, les bureaux sont situés dans un coin de campagne cossue. Des pins, des champs de lavande, des pépiements d’oiseaux, des sentiers de randonnée. Autour, il y a des villas, un terrain de tennis, un restaurant et sa terrasse, un petit ruisseau. 

Derrière un portail sécurisé se trouve le centre local de recherche : 

  • un ensemble de bâtiments des 1960’s, dans leur jus.

  • dans les jardins, un labo à ciel ouvert : des tests de digues, de plans d’eau artificiels et d’abreuvoirs à vache remplis d’eau à différentes températures...

  • à 500m en dehors du site, la cantine, partagée avec d’autres entreprises.

  • Le fameux “labo”. Des locaux plutôt vétustes, dans un cadre naturel idyllique. Les agents y travaillent en tenue de ville - plutôt style pratique, casual, de la polaire zippée, du sportswear. Il y a même des salles spéciales pour les expérimentations, avec des aquariums !

Abreuvoirs à vache remplis d’eau à différentes température

Abreuvoirs à vache remplis d’eau à différentes températures

Les bureaux

Les bureaux

Les labos

Les labos

Télétravail

Dans les Alpes, il arrive que les techniciens de recherche soient en télé-travail. Nous sommes dans un petit village anciennement hameau de paysans où les fermes se sont progressivement faites remplacer par des résidences secondaires et autres AirBnb.

Roland vit à deux pas de l’Hôtel-Restaurant du village. Son matériel est entreposé entre sa cave et son jardin. Pour ses missions, Roland se déplace avec un 4x4 rudimentaire mais hautement fonctionnel, encore floqué du logo de l’ONCFS (ancienne agence ayant fusionné avec l’Agence française de la biodiversité pour créer l’Office français de la biodiversité). Lorsqu’il n’est pas en déplacement, il travaille sur la table du séjour, son ordinateur branché, un chocolat chaud à la main. Le chalet familial est à son image : le Tétras Lyre empaillé qui surplombe le grand salon ainsi que les “massacres” d’ongulés sauvages (des bouquetins pour le commun des mortels), véritables trophées de chasse, décorant l’escalier principal, témoignent de son passé de chasseur. Les clichés de Lagopèdes Alpins encadrés sur les murs du salon rappellent son virage vers la photographie animalière. Dans la décoration du lieu, Roland garde ainsi les animaux qu’il étudie près de lui, témoignant du profond attachement à son métier.

Policiers de l'environnement

À savoir :

Parcours pour devenir technicien de l’environnement
Il y a de nombreuses formations différentes pour devenir agent de l’OFB, en fonction des métiers, des sujets… Pour devenir technicien de l’environnement, il faut passer le Concours de technicien de l'environnement (TE). Il se déroule en deux étapes.

D’abord l’admissibilité constituée d’une note de synthèse et d’un QCM (où l’on trouve aussi bien des questions sur la période de rut du chamois que sur le nombre de parcs nationaux français), puis d’un test psychotechnique (“On te met face à une situation précise et on te demande comment tu réagis. Par exemple, si t’es d’accord avec les instructions données par ton chef de service ou si ça te dérange de porter une arme.”). 

L'admission est, elle, composée d’un entretien et de 2 épreuves sportives (nage et course à pied).

En 2025, 22 candidat.e.s ont été pris en interne et 33 en externe. Les femmes ont toujours été minoritaires, mais en 2025 il y a eu parité pour la première fois !

À savoir aussi : la crise agricole a provoqué une baisse du nombre de candidat.e.s au concours.

Imaginez un métier où vous passez vos journées à traquer les braconniers dans des marais au petit matin, à verbaliser des chasseurs à cran, à sauver des chevreuils cardiaques dans le jardin de préfets, et vos nuits à vous demander si votre employeur existera encore dans deux ans - voire dans 6 mois. Bienvenue chez les agents de l'OFB ! Des profils très variés, avec des rapport à la nature différents.

Sur le papier, le casting est impressionnant. Les inspecteurs de l’environnement de l'OFB, ce sont des sortes d'Avengers de la nature : pas de capes, pas de pouvoirs magiques, mais une polyvalence redoutable. Inspecteur de l'environnement le matin, expert technique en fin de journée au moment de rendre un avis sur un chantier d'extension nucléaire empiétant sur une zone humide (oui, ça arrive !). Leur arsenal de compétences couvre l'ingénierie, le juridique, le soin animalier, la chimie, la biologie, l'administration… Les chefs de service recrutent comme des entraîneurs de foot : ils cherchent le bon profil pour équilibrer l'équipe, le spécialiste qui manque, le maillon absent.

Les agents viennent de domaines multiples. Ce sont d'anciens policiers de la police nationale, des infirmiers, des enseignants, des docteurs en science, d’anciens agriculteurs… L’éventail est large : il y a des agents végétariens et d’autres qui pratiquent la chasse à la bécasse le week-end et qui mangent une bavette à l’échalote au déjeuner. Ces différentes approches cohabitent très bien au sein de l’équipe.

Parmi les agents, certains ont énormément changé de territoire (mer, montagne, hexagone, outre-mer) et d’autres sont restés dans la même région toute leur carrière. Les agents ont également des “spécialités” en fonction de leurs connaissances et de leurs expériences passées : il y a ceux qui sont absolument incollables sur les oiseaux, ceux qui peuvent naviguer, ou ceux qui ont acquis des compétences techniques précises, comme par exemple savoir désenchevêtrer des grands cétacés pris dans des filets.

La plupart des agents que nous avons rencontrés sont tous de vrais amoureux de la nature.

Pour assurer l’ensemble de leurs missions, les agents de l'OFB sont habitués à intervenir aussi bien sur la terre qu'en mer. Sur la terre, ils serpentent sur les routes de campagne qui longent les bocages, une mosaïque de terres agricoles et de champs cultivés, séparés le plus souvent par des haies. En voiture, ils s'aventurent aussi dans les bois, sur des routes forestières. En mer, ils naviguent sur un bateau à moteur puissant, équipé d'un système de navigation électronique très moderne et performant. Emmitouflés dans d'épaisses combinaisons, ils sont parés pour affronter les intempéries en pleine mer. Sur l'eau, au large des îles anglo-normandes, il leur arrive de subir un "grain" (une bonne tempête) qui fait baisser la température bien en dessous de zéro. À l'aide de leurs jumelles, ils scrutent aussi bien la surface de l'eau (banc de dauphins), le ciel (oiseaux) et les rochers (phoques).

Thibault (42)

Chef d’Unité d’un service départemental dans le Nord de la France
Caractéristiques

Après un diplôme en biologie/géologie, il passe le concours de l’AFB, puis assure différentes missions de direction de services départementaux à l’OFB.

Histoire vraie :

L’arrachage de haies

Une personne signale que son voisin a arraché sa haie - ce qui est une infraction. L’agent de l’OFB repère la parcelle sur Géoportail, identifie le propriétaire, et se rend sur place pour constater l’arrachage. Il rédige un dossier à destination du procureur, qui va décider s’il faut le poursuivre et le verbaliser. En général, la peine consiste à replanter la haie arrachée, et de planter un arbre supplémentaire.

Histoire vraie :

Des pesticides pas très autorisés 

En accédant au dossier client d’un producteur espagnol qui vendait des pesticides interdits en France, l’OFB a pu procéder à des contrôles et verbaliser. 

À savoir :

Les signalements se font à 80% par dénonciation et/ou vengeance (y compris vengeance amoureuse !)

Enjeux
  • Recueillir les témoignages (souvent par dénonciation), assembler les preuves d’infractions, identifier les individus ou les industriels responsables. 

  • Traquer les individus soupçonnés d’infraction pour retrouver les animaux qui font l’objet d’un trafic (ou bien les parties d’animaux (mâchoires, fourrure) voire des produits manufacturés qui en sont issus…).

  • Trouver des solutions pour replacer les animaux secourus.

  • Collaborer avec la justice des pays voisins pour des sujets transfrontaliers.

Alliés
  • Ses collègues

  • Les pompiers

  • Les vétérinaires

  • Les associations environnementales

Antagonistes
  • Certaines organisations syndicales agricoles

Risques encourus
  • L’agressivité des individus contrôlés

  • L’exposition à des produits toxiques

À savoir :

Fun fact : les chasseurs n’ont plus le droit de chasser en état d’ébriété depuis 2023, mais les agents de l’OFB n’ont pas le droit de leur faire passer l'éthylotest. Ils ne peuvent les interpeller qu’en cas d’ivresse manifeste. Les chasseurs installent des caméras pour repérer les agents et s’envoient des messages pour se prévenir en cas de contrôle. 

Exemple concret :

Parfois, les propriétaires de la parcelle peuvent se montrer agressifs et invoquer l’argument suivant : 

« c’est mon terrain je suis chez moi je fais ce que je veux ».

Réponse de l'OFB :

« quand vous êtes chez vous, vous ne tapez pas sur votre femme ou vos enfants. Là c’est pareil »

Exemple concret :

Lors d’un contrôle de chasseurs installés dans leur hutte de chasse, certains refusent d’ouvrir. L’OFB rappelle alors que l’obstacle au contrôle est une infraction en soi.

  • Le risque de blesser les animaux lors de leur capture

Exemple concret :

Une personne signale la présence d’un wallaby (mini kangourou) dans son jardin. L’OFB (avec l’aide des pompiers) se rend sur place pour le capturer à l’aide de grands filets. Il ne faut pas l’effrayer ni le blesser. Puis le ramener au zoo d’où il s’est échappé. Une technique semblable avait été pratiquée pour secourir un grand cétacé qui s’était échoué aux Antilles.

Marcel (65)

Agent d’un service départemental dans l’Ouest de la France
Caractéristiques

Issu d’une famille de chasseurs, il pratique lui-même la chasse à la bécasse et travaille accompagné de son chien d’arrêt.

Il a effectué toute sa carrière au sein de l’ONCFS, puis intègre l’OFB au moment de la fusion. Sa passion pour la chasse lui permet d’avoir un excellent contact avec les chasseurs : il parle leur langage et connaît parfaitement leurs problématiques et les règles légales. Il est intransigeant avec les braconniers.

“Les sangliers, enfin les cochongliers parce qu’ils se sont mélangés avec des porcs, ça rend les chasseurs complètement tarés. Quand ils en poursuivent un ils sont prêts à tout pour l’avoir, et font n’importe quoi”

Marcel a le réflexe de se tenir avec les mains sur les hanches quand il parle : cela lui a été reproché car il semble avoir la main proche de son arme, prêt à dégainer. 

Enjeux
  • Empêcher le développement de zoonoses en surveillant les interactions entre faune sauvage, chasse et élevages.

  • Identifier et constater les infractions sur le terrain en situation de flagrant délit (braconnage, infractions cynégétiques, non-respect des règles de chasse).

  • Intervenir rapidement lors d’actes illégaux pour sécuriser les zones sensibles et préserver les équilibres sanitaires.

  • Maintenir un lien opérationnel fort avec les chasseurs afin de faciliter la détection des comportements à risque.

  • Faire respecter la réglementation environnementale dans un contexte de forte tension entre pratiques de chasse et protection de la biodiversité.

Exemples concrets sur le contrôle de braconnage :

Deux agents sillonnent les routes de campagne à la recherche de chasseurs en situation de braconnage ou simplement en irrégularité (pas de permis, armes non homologuées, utilisation d’outils interdits, jumelles thermiques montées directement sur les armes, utilisation de boîtes à musique pour attirer les oiseaux…)

Un agent de l’OFB ne peut pas pénétrer dans les huttes (“les gabions”) des chasseurs si elles sont reliées à l’eau et l’électricité. Certains jouent avec la législation, installent des panneaux solaires ou même des caméras de surveillance. Souvent, un contrôle révèle un contraste important entre le faible niveau économique des chasseurs et le prix de leur équipement (habits, outils, etc.).

Sur le contrôle de la pêche de loisir :

En uniforme ou en civil, des agents de l’OFB se rendent sur la plage ou le port pour contrôler les pêcheurs qui reviennent de collecter leurs casiers en mer. Par exemple, une quantité excessive de coquilles saint-jacques. Souvent, les auteurs d’infractions sont des pêcheurs à la retraite qui pensent avoir le droit de continuer à pêcher. 

Alliés
  • Ses collègues

  • Les pompiers

  • Les vétérinaires

Risques encourus
  • L’agressivité des individus contrôlés

  • Le risque de blesser les animaux lors de leur capture

Luc (32)

Agent départemental dans le Nord de la France
Caractéristiques

Après un BTS en gestion et protection de la nature, Luc obtient un poste dans un parc naturel régional. Il obtient ensuite le concours de technicien de l’environnement (TE). Luc travaille aujourd’hui comme agent de l’OFB spécialisé en ornithologie (expertise des oiseaux). Il a un CDD de 3 ans renouvelable qu’il espère transformer en CDI. 

Enjeu

Perquiz pour braconnage

Une perquisition mobilise au minimum quatre agents, pour des raisons évidentes de sécurité. Chaque année, l’OFB réalise en moyenne une trentaine de perquisitions. 

Alliés
  • La Fédération des chasseurs

  • Le procureur

Antagonistes

Exemple concret :

Tout commence lorsque la Fédération de Chasseurs signale à l’OFB une vidéo publiée sur Snapchat semblant montrer un braconnage nocturne. En analysant les images, Luc et son équipe relèvent un faisceau d’indices - assez pour soupçonner une infraction. Ils sollicitent alors l’autorisation du procureur de la République pour effectuer une perquisition.

Objectif : rechercher et saisir des preuves au domicile du suspect (gibiers illégalement capturés ou tués, trophées, armes, véhicules…). 

Le suspect. Or il s’avère que ce dernier est un ancien camarade du lycée de Luc. Étant donné qu’il y a conflit d’intérêt, Luc est mis en retrait de l’opération pour préserver la neutralité de l’enquête. 

Histoire vraie :

Les agents de l’OFB ont encore en tête l’Affaire de la panthère noire d’Armentières. Le 18 septembre 2019, un habitant d’Armentières appelle la police, affolé : il jure avoir vu une panthère noire se balader sur les toits. Sur le moment, les forces de l’ordre pensent à une mauvaise blague, “un gros matou” sans doute. Mais la photo envoyée par le témoin ne laisse aucun doute : le félin pèse près de 30 kilos. L’OFB est immédiatement mobilisé. L’animal est capturé par un vétérinaire à l’aide de fléchettes hypodermiques. Quant à ses propriétaires, ils ont été, depuis, condamnés à 18 mois de prison avec sursis et 10.000 € d’amende pour détention illégale d’un animal sauvage. 

Parmi les casse-têtes quotidiens des agents de l’OFB, on vous présente les espèces exotiques envahissantes, ces animaux ou plantes venus d’ailleurs qui s’adaptent à tout et bouleversent les équilibres naturels. Résistantes, prolifiques et parfois indestructibles, elles donnent du fil à retordre aux équipes sur le terrain. On y apprend donc que les écrevisses américaines survivent dans les cours d’eau pollués, ou que le xénope, une espèce africaine de grenouille considérée comme “ la plus moche du monde” (sic), se reproduit à vitesse grand V dans nos rivières.

Technicien.ne.s de recherche

Rattachés à la branche ‘connaissance et expertise’, les techniciens de recherche occupent pourtant une place à part : à mi-chemin entre naturalistes, enquêteurs de terrain et spécialistes de la capture animale.

Roland (60)

Technicien Chercheur 
Caractéristiques
  • Un enfant du pays : Roland est passionné de faune, de flore et d’alpinisme, Roland a été (entre autres) chasseur, moniteur de ski et athlète de biathlon. Il passe le concours de l’ONCFS, puis intègre l’OFB lors de la fusion. 

  • Un passionné avant tout : Roland aime les animaux, qu’il a pourtant longtemps chassé, car pour lui, c'était s'approprier une bête pour l'éternité. Une philosophie qui, convenons-en, ne devait pas ravir les bêtes en question. C'est en prenant conscience de son droit de vie et de mort sur la faune qu'il décida de rejoindre l'OFB pour protéger les espèces. Ce même homme qui vidait le gibier le week-end se retrouvait donc à verbaliser les chasseurs le lundi matin, un comble ! Aujourd'hui, Roland a troqué son fusil pour son appareil photo. Le principe reste le même : traquer l'animal, le surprendre et l'immortaliser. La différence, c'est que la bête rentre chez elle après la séance.

Derrière cette reconversion se cache un enfant curieux, formé par un père chasseur-naturaliste qui lui a transmis sa passion : sortir - littéralement - des sentiers battus pour aller observer les animaux et écouter la nuit.

Alliés
  • Son 4X4 qui lui permet de stocker du matériel et de gravir monts et forêts en fonction des besoins.

  • L’ingénieur à qui Roland envoie les données récoltées pour qu’elles soient analysées..

  • Son ancien stagiaire qui travaille toujours dans l’environnement mais en tant que garde forestier. Heureusement que ce brave gars est là car il dépanne Roland quand il a des problèmes informatiques à régler.

  • Michel le naturaliste, un octogénaire féru de photographie de faune et de flore qui interagit un peu à la façon d’un indic’ pour Roland. En effet, il n’est pas rare que cet ancien chasseur écrive au technicien pour lui signaler des points de ralliement de tétras lyres ou de lièvres variables.

  • Samuel le Bioacousticien, expert des cris d’animaux en tout genre avec qui Roland collabore de façon ponctuelle en fonction des besoins. Que ça soit avec son enregistreur judicieusement placé, ou en direct live avec ses oreilles, il peut identifier des espèces de façon très précise et évaluer leur nombre.

Antagonistes
  • Certains chasseurs, qui tirent sur les espèces protégées que Roland étudie.

  • Les skieurs, qui, en faisant du hors piste sans tenir compte des zones protégées où se trouvent les espèces, leur font peur voire causent leur mort. #grosbolosses

  • La ville et sa faune locale, sa surpopulation, ses métros bondés, ses appartements minuscules, et ses bobo-écolos qui comprennent à demi-mot les enjeux écologiques et desservent donc la cause.

  • Les patous, ces immenses chiens de montagne blancs qui peuvent littéralement vous manger (oui oui vous avez bien lu).

  • Le temps, Car le travail de Roland demande une patience hors norme. Une patience que n’ont ni les institutions, ni notre planète qui se réchauffe.

Enjeux
  • Faire preuve d’ingéniosité et de débrouillardise pour répondre à des besoins spécifiques et atypiques (capturer une espèce animale pour étude par exemple).

  • Travail solitaire sur des terrains alpins et donc risqués (possibilité sérieuse de se blesser, de se perdre dans des zones blanches, voire de perdre la vie).

  • Composer avec la solitude (son bureau, c’est chez lui et la nature où il travaille).

  • Equilibrer vie professionnelle et vie de famille (pas d’horaires définis, travail à risque, possibilité d’inquiéter son entourage)

What’s in Roland's bag?

  • deux antennes

  • deux boîtiers de réception

  • un sandwich au thon acheté à la boulang’ sur le chemin

  • une bouteille d’eau en plastique 33cl

  • un pass all access remontée mécanique

  • une paire de skis professionnels en titane

  • des bâtons

  • des peaux de phoque qui collent bien pour le ski de fond

  • une radio

  • absence de casque

→ poids total environ 10 Kg

INSPI SCÉNARIO

LE CHANT DU LAGO

INT. VOITURE. FIN DE JOURNÉE


Au volant de sa Jeep sans chauffage, Roland fixe la route enneigée qui serpente vers la vallée. 

Compactés à ses côtés, Aline et Guillaume, scénaristes, observent les montagnes, toutes plus majestueuses les unes que les autres.


GUILLAUME

C’est tellement beau quand même…


ALINE

Et c’est si calme…


ROLAND

Ah bah moi je peux te garantir qu'avec le travail que je fais, j'ai quand même régulièrement l'opportunité d'écouter le bruit du silence. Et quand t’as ce privilège là, je peux dire c'est magique. (il cherche ses mots) Ça c'est des choses qui sont extraordinaires. 

Aline et Guillaume l’écoutent avec attention, comme à chaque fois que Roland évoque ses différentes passions.


ROLAND

Je me rappelle, y a quoi, une vingtaine d'années, je sors après le domaine skiable, avec mon chien pour aller faire du repérage. On était donc tous les deux, et un moment on s'est excentrés, on était vraiment très loin de tout hein. (un temps) Et un moment, y a un lago (cf. le lagopède alpin) qui s'est mis à chanter. C'est comme aller écouter hurler des loups, aller au brame du cerf de nuit, t'as vraiment l'impression de faire partie de l'écosystème, d’être en symbiose. Et moi je pense que ces choses-là, c'est des choses primitives que vous avez perdues. 


ALINE (saisissant la perche)

T'as transmis ça à tes filles ou pas ?


ROLAND (du tac au tac)

Pas du tout. Autant moi j'étais vraiment en symbiose avec mon père. J'aurais fait n'importe quoi pour le suivre, pour qu'il m'emmène voir des traces, pour qu'il m'emmène à la chasse, toutes ces choses-là. Que mes filles elles ont… elles ont jamais adhéré à ces choses-là. Peut-être aussi parce que je suis trop égoïste. Je pense d'abord à moi. Et j'ai pas su leur faire partager tous ces moments… ces moments d'intimité avec l'environnement, avec la nature. 


ALINE

Après il est pas trop tard hein.


ROLAND (tout bas)

Si. Parce que le problème, c’est mon égoïsme. Quand je suis dehors, si je vais faire un tour, je marche vite. J’marche avec un but. Si je pars faire des photos… après même ma femme elle vient plus avec moi quand je fais des photos parce qu'elle en a marre. 


ALINE

Oui mais si tu dis “aujourd’hui on prend notre temps justement, c'est le jour symbiose !”


ROLAND

Je pense que j'risque d'être déconnecté…


ALINE 

Et désagréable du coup ?


ROLAND

Ouais un peu, c'est pas impossible. 

Roland étouffe un petit rire.


ALINE

Et avec ton père ? 


ROLAND

Mon père il a 94 ans, donc tu te doutes bien… Par contre, ce qu'il m’a fait partager quand j'étais enfant, c'est extraordinaire. Quand j'étais petiot, avec mon père on s’baladait toujours hors sentier, hors des chemins. (un temps) Souvent on rentrait de nuit.

Un temps. Roland cherche ses mots, visiblement ému.


ROLAND (ému)

Et euh… Les moments qui restent vraiment gravés, c'est la sensation de ma main dans sa main. Sa main qui était vraiment la protection ultime… J'avais peur quand j'étais devant lui, et j'avais peur quand j'étais derrière lui. Par contre, à partir du moment où j'arrivais à mettre ma main dans la sienne, je craignais plus rien du tout. Et c'était vraiment magique. 

Roland sourit en continuant de fixer la route.


ALINE

Quand t'étais petit tu le voyais comment ?


ROLAND

Pour tout ce qui est nature, ça a toujours été mon exemple. En plus je l'ai toujours admiré parce qu’il avait une dextérité… C'était un vrai prédateur pour attraper les animaux. Aussi bien en termes de piégeage qu'en termes d'appréhension physique. Souvent t'as des jeunes animaux qui restent tapis dans l'herbe, qui attendent. Lui il arrivait à les voir du coin de l'œil et… (mime une chope)


ALINE (l’interrompant) 

Enfant moi j'avais ça aussi. Dès qu'il y avait un lézard, une grenouille ou quoi, j'arrivais à les choper. 


ROLAND

T'avais cette dextérité et pas d'appréhension. Que moi j'ai, malgré tout. La peur de faire mal à l'animal. (un temps) Par contre moi j'ai toujours été beaucoup plus prédateur et plus avec mes oreilles et mes yeux.


GUILLAUME

Et ta première sortie de chasse, c'était dans ces eaux-là du coup ?


ROLAND

Moi j'ai commencé à aller à la chasse avec lui j’devais avoir 9 ans. J’me rappelle, j’devais avoir 12 ans par-là, on allait à des endroits où y avait un hibou grand duc qui chantait. Moi ça me glaçait. (un temps) Enfant moi j'ai toujours eu peur de la nuit. 


ALINE

Ah ouais ?


ROLAND

Du noir, oui. (un temps) Mais tu sais, le cheminement dans la nuit, c'est là aussi que tu révèles vraiment qui tu es. En terme de peur, en terme de confiance en soi…


Aline et Guillaume échangent un même regard surpris. Roland lui reste concentré sur la route, l’air un peu plus grave.

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Miaz

(Minouche pour les intimes)
L’auxiliaire indispensable
10 ans
Caractéristiques

Roland ne travaille pas tout seul. Il est épaulé par une collègue à quatres pattes et au pelage noir et blanc :  une setter anglais surnommée Minouche à la maison quand elle est vautrée dans son panier et Miaz sur le terrain. Depuis ses débuts, elle est de toutes les missions. Son CV ferait rougir plus d'un stagiaire :

  • expertise lors de comptages (elle n’a même pas besoin d'un tableur Excel)

  • repérage lors des captures estivales 

  • échantillonnage de grands rassemblements automnaux 


Son talent phare reste l'arrêt : au moment fatidique, Miaz se fige, comme à 1, 2, 3 Soleil, pour permettre au technicien d'identifier l'âge et le sexe des oiseaux et de calculer le succès reproducteur. Ces données sont ensuite utilisées pour définir les quotas de chasse, ce qui signifie, quelque part, que Minouche participe activement à la gestion cynégétique nationale. Elle l'ignore probablement, mais elle s’en moque car tout ce qui compte pour elle, ce sont les croquettes ! 

À savoir :

La gestion cynégé-quoi ?

La gestion cynégétique, c’est la gestion de la faune sauvage.

L’objectif ? Conserver l’équilibre de la biodiversité. Chaque département possède un Schéma Départemental de Gestion Cynégétique, qui cadre la pratique de la chasse. Ce schéma est réalisé par une coalition d’agents de l’OFB, de propriétaires fonciers et d'exploitants, ainsi que de chasseurs.

La compétence clé recherchée ? 

La qualité d’un chien de terrain tient pour moitié à ses aptitudes naturelles, pour moitié au dressage. 

La « sagesse à l’envol » : le chien doit rester immobile quand l’oiseau s’envole, sans chercher à le poursuivre. Il ne touche jamais les animaux ; il ne fait que les localiser et les maintenir. La « quête » doit couvrir tous les milieux de manière cohérente, et le chien doit rester en connexion permanente avec son maître, même hors de vue. Ce lien est entretenu par la vie commune : c’est le chien de la maison autant que l’outil de travail.

Transmission et retraite

Miaz approche de ses 10 ans. D’ici deux à trois ans, une nouvelle chienne prendra le relais. Elle jouera d’abord le rôle de « stagiaire », formée par l’expérience et par un ami dresseur de compétition.

Fanny (45)

Responsable logistique
Caractéristiques

Une capitaine d’eau douce

Originaire de Corrèze, elle rêvait d’explorer les océans avec le commandant Cousteau. Aujourd’hui, son rôle est d’appuyer les chercheurs sur le terrain. Responsable de la logistique et de la sécurité, c’est elle qui prépare les excursions. En amont, Fanny teste le matériel de métrologie et en gère la maintenance, demande les autorisations (au gestionnaire du lac). 

Capitaine de son petit bateau à moteur, elle est plus dans le concret que les chercheurs : plus débrouille, manuelle, bricoleuse ; plus directive aussi. Lunettes de soleil de skipper, vieux t-shirt, baskets qu’elle enlève en deux secondes dès qu’il faut mettre les pieds dans l’eau pour amarrer le bateau. Sur place, elle apporte le matériel dans une camionnette : ordinateur de terrain, outils, gilets de sauvetage, ainsi que le bateau, en remorque. Elle s’occupe de la mise à l’eau et de l’organisation pratique des opérations.

Chercheurs scientifiques

Au sein de l’OFB, des chercheurs travaillent en lien direct avec les agents de terrain pour mieux comprendre le fonctionnement des milieux naturels et l’évolution des espèces. Leur travail s’appuie sur des observations, des prélèvements et des suivis réguliers, menés aussi bien en laboratoire que sur le terrain.

Ils produisent des données essentielles pour éclairer les décisions publiques et orienter les actions de protection. Derrière chaque étude, il y a une même ambition : transformer la connaissance scientifique en outils concrets pour préserver la biodiversité.

2 Missions principales…
  • Théorique : faire évoluer la connaissance en conduisant des travaux de recherche et en récoltant des données pour apporter une expertise sur des thématiques précises.

  • Mise en pratique : aider à la mise en œuvre de politiques publiques en pilotant, coordonnant ou conseillant des projets de préservation ou restauration de la biodiversité, en produisant des protocoles ou en animant des réseaux.

Mais au quotidien, de multiples casquettes : à la fois chercheur, gestionnaire, consultant, conducteur de travaux…

À savoir :

Ne faites plus l'erreur : écologue vs écologiste

À l’origine, une personne qui faisait de la recherche en environnement s’appelait un écologiste. Avec la connotation politique qu’a acquise ce terme, les chercheur.ses ont changé de nom. On dit aujourd’hui écologue

À savoir :

Vous avez dit diversité ?

Comme dans de nombreux domaines professionnels (dont le nôtre), il y a un cruel manque de personnes issues de la diversité à la recherche de l’OFB. En revanche, les questions écologiques attirent beaucoup de femmes, d’où une bonne parité parmi ces équipes. Pour autant - comme souvent - les chefs de pôle sont principalement des hommes. 

Morgane (36)

Chargée de recherche
Le sérieux et la ténacité discrète
Caractéristiques

À l’origine, le domaine de la recherche n’était pas une vocation chez Morgane (“je le pensais inaccessible”). C’est finalement via les stages qu’elle a effectués au fil de ses études qu’elle a découvert le milieu “passionnant” de la recherche, et rejoint ce pôle de l’OFB.

Dès que je peux sortir la tête de mon quotidien au bureau et aller sur le terrain, c’est vraiment super !”

Enjeux

Pour mieux comprendre les effets du changement climatique sur les écosystèmes, elle est tout le temps en contact avec des acteurs de terrain. Elle est pourtant assez isolée dans sa mission, car elle doit démarcher les gestionnaires et les collectivités dans toute la France. 

Alliés
  • INRAE

  • Collectivités territoriales

  • Associations environnementales

Antagonistes
  • Certaines régions. Elles sont parfois réfractaires à installer des outils de mesure de l’évolution de la biodiversité, car elles doivent connaître énormément de sujets différents, et n’ont pas forcément le temps de se former sur ces enjeux spécifiques. 

Morgane passe beaucoup de temps sur les routes, car elle gère près de 30 lieux différents dans toute la métropole, qu’elle doit visiter tous les ans.

Sophie (45)

Chargée de mission recherche
La boss - Grande gueule désabusée
Caractéristiques

Sophie est à l’OFB depuis une dizaine d’années. Elle a enchaîné des années de CDD avant d’enfin décrocher le St Graal du CDI. Elle est très respectée par ses équipes pour son leadership et son franc parler. 

“Ah donc on va laisser 1500€ partir dans les poches d’un partenaire qui ne fait rien alors qu’on n’a pas d’argent pour monter nos projets ? Non… Je sais pas ?

Oui, quand Sophie n’est pas d’accord avec sa hiérarchie en réunion Zoom, elle le fait savoir !

Enjeux

Son rôle est de piloter et conseiller des projets de restauration écologique d’écosystèmes. Restaurer signifie assister l’auto-réparation du système qui a été dégradé, endommagé ou détruit pour qu’il soit au plus proche de son état naturel.

Alliés
  • INRAE

  • Collectivités territoriales

  • Associations environnementales

Antagonistes
  • Les personnes, structures, associations, qui s'opposent de principe à la restauration, tout comme celles qui choisissent de monter des projets de restauration sans s'appuyer sur l'expertise scientifique et peuvent être contre productifs.

Quand elle était petite, Sophie voulait être primatologue comme son idole Dian Fossey, puis vétérinaire.

Adjuvant / allié de Morgane :

Romain (26)

Ingénieur de recherche

Un geek genre Q (dans James Bond) version Greta Thunberg

Caractéristiques :

Il met en place les plateformes de visualisation et de dépôt de données environnementales. Au quotidien, son travail c’est réparer les bugs - fréquents - d’intégration des données des outils, et d’améliorer la lisibilité de la plateforme pour les chercheurs. Il a l’énergie du jeune dynamique qui aime le plein air. Matinal, il vient en vélo de route, se change en arrivant (tenue / serviette et vélo dans un coin du bureau).

Enjeux

De la jeune génération mue par des convictions, il a été confronté à la difficulté de trouver du travail en phase avec ses idéaux. En sortant de l’école, il aurait pu travailler pour un cabinet de conseil ou un bureau d’étude. Il a rejoint le pôle recherche de l’OFB car c’est aligné avec ses valeurs. Mais ce n’est pas pérenne, il sait qu’il devra partir une fois son CDD terminé.

Adjuvant / allié de Morgane :

Maxime (42)

Responsable de laboratoire

Le transfuge de classe cash-pistache

Caractéristiques :

La quarantaine, originaire du Nord où il pêchait avec son père, seul de son entourage à avoir poursuivi des études scientifiques longues. Il voulait être marin ou ornithologue. 

D’ingénieur de recherche, il est devenu technicien : une rétrogradation hiérarchique, mais un CDI qui le protège de la précarité du milieu.

Enjeux

Gardien du temple (le labo) pour les chercheur·se·s de passage, il fait partie des murs.

C’est monsieur logistique. Il s’assure que les expérimentations animales sont réalisées dans le bon cadre, avec la bonne température, la bonne espèce… Il assure aussi la gestion administrative (autorisations, conformité, montage des dossiers pour le comité d’éthique). 

Il siège aussi dans des comités d’éthique qui jugent les conditions d’utilisation des animaux.

Adjuvant / allié de Morgane :

Chloé (37)

Chercheuse en science fondamentale

La “savante folle” 

Caractéristiques :

Fin de trentaine, elle a une énergie un peu rock'n'roll, un saumon tatoué sur le bras, un t-shirt saumon et un sweat à capuche à imprimé « galaxie » (pour le côté geek). Installée sur un siège ballon, enveloppée dans un plaid, elle tient contre elle une bouillotte.

Enjeux

Bien qu’elle explore les espèces du monde entier, elle passe sa vie dans son bureau à répertorier des données sur un logiciel de code.  

Directeur.ice.s

À l’OFB, les directeur.ice.s et adjoints assurent le pilotage des politiques de biodiversité à différentes échelles, des parcs naturels jusqu’au niveau national. Ils traduisent les orientations de l’État en stratégies concrètes.

Leur rôle consiste autant à fixer un cap qu’à gérer les tensions du terrain. Entre pressions politiques, contraintes budgétaires et réalités locales, ils doivent maintenir une cohérence d’ensemble et donner aux équipes les moyens d’agir.

Rémy (47)

Directeur délégué d'un Parc marin
Enjeux

Dialoguer avec tous les acteurs du parc, fixer des objectifs atteignables de protection de la nature, mener les projets de recherche pour aider à la mise en oeuvre de politiques d’aménagement du territoire

Caractéristiques

Rémy est un quarantenaire doux et volubile, intarissable de fun facts sur la faune et la flore de sa région. Il dirige l’équipe d’un Parc Naturel Marin avec un sérieux de bureaucrate et une touche de légèreté bon-enfant. Impossible pour lui de traverser le couloir sans s’arrêter à chaque bureau pour dire un mot gentil ou une blague, d’ailleurs ici, toutes les portes restent grandes ouvertes. Rémy a à cœur de rendre les bureaux agréables à vivre afin que les différents services puissent partager des espaces et des bons moments. Qualité  cruciale pour éviter des cas de rivalité entre les services, où chacun défendrait son bout de nature contre ceux des autres.

Rémy place la transmission au cœur de sa mission, et la présente avec une grande modestie. Il est guidé par un fort sens du service public et le désir de rendre le territoire habitable pour tous et toutes. 

Cette modestie se répercute sur son positionnement dans l’équipe. Si personne n’est disponible pour aller faire le ramassage de déchets sur la plage, il s’y colle sans hésiter et participera joyeusement au tri tout l’après-midi. L’équipe est à l’image de son chef : on n’y trouve aucun enjeu de hiérarchie ou d’ego.

Pourtant, sous la surface, on sent que cette task-force tranquille doit encaisser des impacts psychologiques multiples : celui d’un labeur infini, pas toujours gratifiant ni sexy. À cela s’ajoute que la recherche peut être irréconciliable avec l’action. Étudier la biodiversité dans son environnement et les interactions entre les différentes espèces signifie parfois ne pas intervenir lorsqu'un animal est blessé ou malade, pour étudier ce que l'écosystème va “en faire”.

Alliés
  • Sa fidèle équipe

  • Les associations environnementales

  • Certaines collectivités territoriales

  • L'Etat (à travers le travail de prospection)

Antagonistes

(lui vous dirait qu'il n’en a pas)

  • Les syndicats de pêcheurs, les élus qui se succèdent à grande vitesse, les militants environnementalistes et, malheureusement, le public dont il sert les intérêts.

Caroline (50)

Directrice de l'OFB
Défendre l’OFB contre vents et marées 
Caractéristiques

Accompagner les acteurs, monter des programmes d’actions collectives, promouvoir l'OFB sur la scène médiatique…

Enjeux

Défendre les agents et ce qui a été créé et monté, éviter les régressions. Essayer de bien faire les choses, alors que les effectifs et les budgets sont coupés. 

Alliés
  • Les collègues

  • Les collectivités

  • Les associations environnementales

  • Certains acteurs privés

  • Certains médias

  • Des artistes…

“Globalement, si on expliquait clairement nos missions aux populations, les gens seraient pour maintenir nos activités et nos missions. Cependant, il n’y aura jamais de manifestations de citoyens pour dire “l’OFB est important”. C’est pourquoi il faut passer par des relais, des têtes de réseaux, par les associations, les acteurs économiques, le monde de la culture…” 

Antagonistes
  • Certains politiques et syndicats agricoles qui critiquent ouvertement l’OFB.

“Pour les agents c'est dur. Ils se sentent remis en cause. La critique la plus dure pour moi, c’est celle de l’Etat : des agents se sentent remis en cause dans leurs missions alors qu’ils ne font qu’appliquer les lois qui ont été créées par les parlementaires.”

Risques encourus
  • Que l’OFB soit démantelé voire disparaisse.

“Je ne me fais pas à l’idée que les opposants les plus agressifs soient ceux qui soient le plus entendus. Je ne vois pas pourquoi on les laisserait agir sans rien faire, et pourquoi on ne chercherait pas à construire un monde habitable pour tout le monde, vivant humain et non-humain compris en acceptant nos interdépendances. On peut mener des vies différentes, mais on peut se retrouver sur des attachements communs pour préserver la nature. Il faut essayer de construire collectivement et de voir ce qui nous lie au vivant. Ce qui va nous réunir, c’est qu’on aime notre territoire, sa nature”.

4. Conflits

4. Conflits

4. Conflits

NB : le terme “conflit” est un terme purement dramaturgique. Il s’agit du nœud qui permet de créer une histoire. Cette partie n’a pas pour objectif de démontrer que l’OFB aurait des relations conflictuelles avec un certain nombres d’acteurs, mais bien plutôt de montrer les points d’achoppements qui peuvent créer des enjeux et donc des histoires ! 

L'OFB et l'État

À savoir :

D’où vient l’OFB ? 

L’OFB est né de la fusion entre : l’Office nationale de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), les parcs nationaux, l’Agence des aires marines protégées (AAMP) et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). C’est la raison pour laquelle l’OFB réunit désormais les missions de police de l’environnement, de connaissance des milieux et d’appui aux politiques publiques de protection de la nature.

Mais en fait, d’où vient l’OFB ? De la fusion entre plusieurs organismes publics ! 

Cette fusion a profondément transformé les missions des agents. Certains d’entre eux étaient formés à la police judiciaire (braconnage, infractions au code de l’environnement). Ils se sont retrouvés à exercer une police administrative (vérifier des autorisations préfectorales, contrôler des travaux). Deux métiers radicalement différents. Au sein des services départementaux, les agents consacrent désormais près de la moitié de leur temps à des tâches administratives. 

“C’était beaucoup plus excitant à faire (la police judiciaire) parce qu’on travaillait dans le flagrant délit : on était en planque de nuit, c’était un peu le gendarme et les voleurs. (...) Maintenant, on est dans la police administrative, c’est tout ce qui dépend des autorisations qui sont données par le préfet.”

Certains d’entre eux évoquent avec fierté avoir porté l’uniforme. Une fierté qui coexiste avec la conscience des transformations institutionnelles et des tensions politiques actuelles. Ce glissement génère un malaise profond : c'est toute une identité de métier qui semble s'effacer, et avec elle, une certaine camaraderie.

Fonction répressive

Arme ou pas arme ?

À savoir :

NB1 : Tous types de police confondues, les agents de l’OFB sont ceux qui contrôlent le plus de personnes armées (chasseurs, pêcheurs…)

NB2 : Tous les agents ne portent pas d’armes, seulement ceux qui assurent la mission d’inspecteurs de l’environnement (aka la police).

À mesure que les tensions autour des questions environnementales augmentent, la place de l’arme au sein de l’OFB devient un sujet sensible. Ce débat autour du port d’arme révèle aussi une interrogation plus large sur la manière dont les agents doivent être perçus sur le terrain : comme des policiers de l’environnement ou comme des interlocuteurs du dialogue territorial ? 

Pour certains agents, porter une arme reste indispensable face aux risques liés aux contrôles et aux interventions isolées. Pour d’autres, cette présence armée complique les échanges avec des agriculteurs, des chasseurs ou des élus locaux déjà méfiants envers l’institution. Il faut dire que l’OFB est en contact avec tous types de publics et fait souvent office de médiateur. Lorsque la mission repose sur le dialogue, le fait d’arriver armé peut envoyer le mauvais signal ! Par exemple, dans des zones touristiques ou bien face à certains professionnels : 

« Les gens en mer sont assis sur 500L d’essence dans leur bateau. Admettons que le mec ait fait du braconnage, on ne va pas sortir une arme à feu pour ça … »

Dans les faits, les agents de l’OFB font un usage extrêmement rare de leur arme de service. Depuis la création de l’établissement, un seul cas d’utilisation a été recensé : à Mayotte, lors d’une intervention liée au braconnage de tortues, un agent a tiré en l’air pour dissuader des individus menaçants. L’armement répond donc moins à une logique d’affrontement qu’à une nécessité de protection et de légitimité. Le port de l’arme, comme celui des menottes ou du bâton télescopique, matérialise alors l’autorité de l’État et la capacité des agents à intervenir dans des situations potentiellement tendues.

À l’inverse, désarmer les agents reviendrait, pour beaucoup d’entre eux, à signifier que la police de l’environnement n’est pas une « vraie » police, comme si les atteintes aux espèces protégées ou la pollution des cours d’eau constituaient des infractions moins graves que les autres. C’est pourquoi les demandes récurrentes de certains détracteurs visant à désarmer l’OFB sont vécues de manière très viscérale au sein de l’établissement. Pour certains agents, demander de dissimuler leur arme à la ceinture a même été perçu comme une humiliation supplémentaire, une manière de rendre invisible leur qualité de policiers de l’environnement. 

À savoir :

Petit précis de vocabulaire des armes

ON NE DIT PAS « appuyer sur la gâchette » car la gâchette est une pièce interne.

ON DIT « appuyer / presser la queue de détente ».

Revolver VS pistolet : le revolver (ex. 357 Magnum utilisé par les anciens agents OFB) a un barillet visible. Le pistolet a un chargeur. Les deux ont une queue de détente. Les agents OFB sont passés du revolver au pistolet autour de 2012.

Avantage du revolver : arme très simple, quasiment jamais en panne, utilisée pour la roulette russe justement pour cette raison.

Le fusil hypodermique n’est pas un fusil (tout simplement parce que ceci n'est pas une arme à feu, ni une pipe). On peut l'appeler un lanceur. Il propulse des flèches contenant un anesthésiant pour endormir des animaux à distance.

Conflit avec la police 

Il y a une difficulté à faire le lien entre la police "classique" et la police de l'environnement. Alors qu'il est aujourd'hui facile de chiffrer un préjudice subi par une personne (ITT, frais d'hôpitaux) ou des biens, il reste beaucoup plus délicat de chiffrer un dommage environnemental.

Par ailleurs, les relations entre l’OFB et les forces de sécurité intérieure sont parfois marquées par des incompréhensions et des tensions de terrain. Les agents de l’OFB estiment que les infractions environnementales ne sont pas toujours traitées avec le même niveau de priorité que les autres délits, malgré des constats établis et des auteurs identifiés. Dans certains dossiers, les procédures n’aboutissent pas à des suites judiciaires ou à des verbalisations à la hauteur des attentes.

Ce décalage s’explique en partie par la différence de culture entre des métiers orientés vers la protection de l’environnement et des services centrés sur la sécurité publique et l’ordre général. Il tient aussi à des contraintes opérationnelles et à des moyens limités, qui ne permettent pas toujours de traiter ces infractions complexes avec la même intensité.

Pour les agents de l’OFB, ce fonctionnement peut nourrir le sentiment d’un engagement partiellement relayé, voire d’un combat mené sans appui suffisant sur le plan pénal.

Dialogue avec les décideurs publics

À l'OFB, on apprend vite que la nature ne se protège pas seulement avec des jumelles : il faut aussi savoir parler aux élus. Un exercice qui a ses propres règles, son propre terrain, et ses propres espèces à apprivoiser. Car chaque décision prise sur le vivant finit presque toujours sur le bureau d’un maire, d’un préfet, d’un député ou d’un ministre. L’OFB est donc en permanence à l’interface entre la science, le droit et le politique.

Concrètement, cela signifie des réunions de crise dans des préfectures après une attaque de troupeau, des présentations devant des conseils municipaux hostiles à un projet de réserve naturelle, des négociations tendues avec des représentants agricoles au sujet des contrôles, ou encore des arbitrages techniques transformés en polémiques nationales en quelques heures sur les réseaux sociaux. Un agent peut passer la matinée à compter des poissons sur une rivière et l’après-midi à expliquer à un élu pourquoi un barrage doit être arasé.

  • À l’échelle locale, certains agents deviennent malgré eux les visages d’interdictions vécues comme des attaques : interdiction d’irriguer pendant une sécheresse, fermeture d’un sentier pour protéger une espèce nicheuse, contrôle de chasse ou verbalisation d’un rejet polluant. Dans certains territoires ruraux, leur véhicule est immédiatement identifié. Les élus locaux les soutiennent parfois tandis que d’autres prennent leurs distances pour ne pas se couper de leur électorat. Les agents racontent des conseils municipaux sous tension, des réunions publiques qui dégénèrent, des insultes, des pneus crevés, des menaces anonymes.

  • À l’échelle nationale, le conflit avec la sphère politique est peut-être le plus douloureux, car il touche à la légitimité même de l'institution. Lorsque François Bayrou, alors Premier ministre, qualifie publiquement les agents de l'OFB de "cowboys", beaucoup le vivent comme une rupture symbolique : l’État semble désavouer ses propres agents chargés d’appliquer la loi. En interne, certains parlent d’un basculement. Ils ne se sentent plus seulement contestés par des usagers ou des filières économiques, mais également fragilisés par le pouvoir politique lui-même. Plus largement, plusieurs responsables politiques réclament régulièrement la suppression de l’établissement, accusé d’incarner une “écologie punitive”. Beaucoup décrivent un paradoxe permanent : on demande à l’OFB de protéger le vivant, mais on lui reproche aussitôt les conséquences concrètes de cette protection.

Le bilan humain de cette pression est lourd. Certains agents parlent d’épuisement, de perte de sens, d’isolement dans certains territoires. Plusieurs suicides sont évoqués en interne. Derrière les uniformes et les procédures, il y a des femmes et des hommes pris dans un conflit de plus en plus frontal sur ce que doit être l’autorité de l’État face à la crise écologique.

Conflit avec les préfets

Lorsque les enjeux environnementaux entrent en tension avec d’autres impératifs d’intérêt général — construction d’infrastructures, maintien de l’ordre public, activité économique ou gestion des crises — le préfet se retrouve chargé d’arbitrer entre des intérêts parfois contradictoires. Si les relations avec les préfets reposent le plus souvent sur la coopération et la coordination locale, certains agents décrivent néanmoins des tensions ponctuelles, notamment lorsqu’ils estiment que les considérations économiques ou l’apaisement local prennent le pas sur l’application stricte du droit de l’environnement.

“Des chevreuils dans des jardins, il y en a tout le temps. On dit aux riverains de laisser les barrières ouvertes, et en général les chevreuils repartent tout seul au petit matin. Sauf que là, le chevreuil est dans le jardin du Préfet. Donc là on doit intervenir. Mais quand on arrive le Préfet a décidé de faire de la com sur le chevreuil dans son jardin: il a appelé la presse, des amis, des photographes… Sauf qu’un chevreuil c’est cardiaque ! C’est pour ça qu’on n’intervient pas d’habitude. Et là on se retrouve avec un chevreuil stressé, avec 25 personnes qui le regardent, et qui peut claquer à tout moment dans nos bras. Celui -ci n’est pas mort mais on a eu de la chance.” 

“On a dû tuer un loup et un préfet nous a demandé de le récupérer pour le mettre sous son bureau. Je peux vous dire qu’on s’est assurés que le loup ne soit plus présentable pour que le Préfet ne puisse pas l’utiliser en déco."

Conflit avec les procureurs

Le rôle du procureur est de veiller au respect de la voie pénale : constater les infractions, poursuivre ceux qui enfreignent la loi et obtenir, lorsque les faits sont établis, une condamnation judiciaire. Dans les dossiers environnementaux, certains agents de l’OFB décrivent des procureurs plus réceptifs à leurs enquêtes que les autorités préfectorales. Cette différence tiendrait aussi à des cultures administratives distinctes. Les magistrats du parquet sont souvent plus jeunes, issus d’études de droit et de l’École nationale de la magistrature, avec une autonomie importante dans leurs décisions et parfois une sensibilité plus marquée aux enjeux environnementaux. À l’inverse, les préfets s’inscrivent dans une chaîne hiérarchique très structurée, marquée par une culture de validation et de prudence administrative. 

“Entre mon début de carrière et aujourd'hui, c'est le jour et la nuit. Le boulot était beaucoup plus simple avant, parce qu'on était moins importants. On arrivait, on faisait nos constats et nos PV prenaient quatre pages. De toute manière, qu'on fasse 4 pages ou 40, c'était très bien, car les gens qui prenaient le relais, les préfets, les procureurs, il y a 15 ans, ils s'en foutaient un petit peu de tout ça. Donc, ça passait en alternative aux poursuites et finalement, ça ne changeait pas grand-chose. Et puis, petit à petit, il y a eu une prise de conscience des enjeux environnementaux. On a eu notre part dans ça, mais c’est aussi l'évolution de la société et le changement de génération. Nos procureurs sont désormais des millenials. À l'école, ils ont fait de l’écologie, et sont donc concernés par ce sujet. Du coup, ils ont commencé à requérir des mesures plus sévères, à passer les affaires en audience et ça nous a donc demandé soudain plus d’exigence dans nos procédures. (...) Donc, clairement, c'était plus simple avant, mais on avait moins d'influence. Aujourd'hui, on a plus d'influence, mais le revers de la médaille, c'est que ça demande beaucoup plus de boulot."

L’agent de l’OFB se trouve donc à l’articulation de deux chaînes d’autorité : celle du préfet et celle du procureur. 

Dans les faits, il doit constamment s’assurer que les actions engagées sont acceptées par les deux autorités, dont les attentes ne coïncident pas toujours. Une initiative encouragée par le procureur au nom de l’enquête judiciaire peut ainsi être reprochée ensuite par le préfet au regard des équilibres locaux ou administratifs. Cette double tutelle impose donc une coordination permanente et une communication fluide entre autorité préfectorale et autorité judiciaire, afin d’éviter que les agents de terrain ne se retrouvent pris entre des injonctions contradictoires. 

Obstacles internes à l’OFB

Comme toute institution, l’OFB fait face à des défis internes nombreux, ce qui complique la vie des agents… et facilite notre travail de scénaristes en quête de conflits. 

À vous de piocher !

Pas de routine

Aucune journée n’est la même ! Si certaines grosses missions sont planifiées à l’avance, elles restent l’exception. Les journées varient selon les flux de saisies, les signalements de citoyens ou encore, les constats directs d’infractions. Il suffit qu’un agent tombe, par hasard, et même hors service, sur une pollution suspecte d’un cours d’eau ou sur un chantier illégal pour qu’il réorganise sa journée du lendemain afin de se rendre sur place, constater les faits et effectuer des prélèvements. Les agents de police peuvent être aussi réquisitionnés de nuit (dans le cadre de contrôles de nuit de chasse par exemple), le week-end ou les jours fériés.

Mille-feuille administratif

Côté police : Une bonne dose de paperasse, parce que oui, entre deux patrouilles et un procès-verbal qui ne donnera peut-être rien, il faut quand même remplir les formulaires. 

Côté recherche : Au quotidien, les agents naviguent dans un labyrinthe administratif avant de pouvoir mener concrètement leur projets.

Histoire vraie :

Direction la Corse

Un promoteur immobilier puissant et mafieux. Un agent de l'OFB rigoureux, qui monte un dossier contre lui et se rend sur le chantier. Seul face à des ouvriers qui prétendent ne pas comprendre le français. Il prononce alors les mots « saisie du matériel ». Le ton monte. Les ouvriers sont en train de couler une dalle de béton. L'agent de l'OFB est seul. Il prend peur. Il retourne dans ses bureaux et en parle à ses collègues. Mais l'un d'entre eux l’aurait menacé de mort s'il n'enterrait pas le dossier. L'agent menacé demande à être transféré ailleurs, mais le temps que sa hiérarchie réagisse, il s'écoule cinq mois de stress intense.

Manques de moyens 

À l'instar de nombreux organismes publics, l’OFB travaille sous contrainte budgétaire. Prenons l’exemple de la direction de la recherche de l’OFB.

On pourrait croire que les sujets de recherche sur lesquels travaillent les agents de l’OFB émane directement des besoins du terrain, des sujets les plus brûlants… En réalité, on en revient toujours au nerf de la guerre : les financements. Les projets de recherche sont décidés en fonction des montants alloués à tel ou tel pan de la recherche. 

Deuxième défi : le temps de travail. L’enjeu : une fois que les projets sont lancés, les moyens humains étant limités, il faut répartir son temps entre les missions. La force de l'OFB est de disposer d'agents répartis sur tout le territoire, ce qui permet de multiplier les possibilités de collecte de données, mais ces agents doivent aussi composer avec une forte charge de travail et prioriser leurs missions. 

Insécurité de l’emploi

Certain.e.s agent.e.s ont peu de visibilité sur leur prochain poste et peinent à décrocher des CDI. Le suivi des projets qui, par essence, se déploient sur le long terme, pâtit directement de ce turnover des équipes. Ce qui implique, par exemple, que les interlocuteurs externes (porteurs de projet issus de la société civile, gestionnaires…) se retrouvent à échanger avec un nouveau référent à l’OFB. Cela entraîne une perte d’information et nuit à son image... 

Par ailleurs, l’accélération de la technologie numérique entraîne la perte de certaines compétences de terrain. à l’approche de la retraite, certains agents ont conscience qu’ils ne seront pas remplacés. Telle la faune et la flore qu’ils étudient, eux aussi ont le sentiment d’être en voie de disparition. 

Histoire vraie :

Après son doctorat en biologie, Paul est devenu journaliste pour une revue scientifique. Mais frustré de ne faire que rapporter les recherches de ses anciens pairs, il décide de retourner à la science en intégrant l’OFB pour lui aussi “changer le monde”. Mais dans les faits, il se retrouve à mener un projet de restauration qui vise à végétaliser un plan d’eau dédié à la culture de neige artificielle.

L’OFB et la société 

En quête de sa propre légitimité : la fabrique de l’opinion et du consensus

Dans une société où le droit environnemental reste largement méconnu, les agents de l'OFB ont fait de la pédagogie leur premier outil. Les agents de police de l’OFB expliquent, répètent, reformulent et adaptent leur discours à chaque interlocuteur, de telle sorte que le travail de terrain ressemble davantage à de l'éducation populaire qu'à de la police. Cette fabrication d’un consensus autour du droit environnemental est vitale pour l’OFB puisque la légitimité de l'institution se joue à travers elle. 

L'OFB mène également une bataille culturelle de longue haleine. À travers la diffusion de tracts sur les espèces protégées, de dépliants sur les pratiques de pêche responsables ou encore de sites internet détaillant leurs actions et objectifs, l'OFB cherche à mobiliser l'opinion publique autour de la cause environnementale. Mais cet effort de sensibilisation se heurte à un contexte de plus en plus défavorable : la réception du public s'est durcie ces dernières années, portée par la montée de discours anti-écologistes dans les médias et par une défiance croissante envers le péril écologique et la sphère scientifique. À cela s'ajoute le fait que l'OFB et ses missions restent largement méconnus du grand public, ce qui conduit des particuliers et des gestionnaires à ignorer l'obligation de faire appel à l'expertise scientifique et technique de l'OFB dans le cadre de certains projets. Améliorer sa visibilité et sa communication dans l'espace médiatique constitue donc un enjeu stratégique majeur pour l'institution.

Sur le terrain, les agents font face à des formes de violence et d'hostilité émanant de différents pans de la société civile. Certains agriculteurs particulièrement remontés (notamment ceux proches de la Coordination rurale, considérée comme proche des idées du Rassemblement National) et certains chasseurs peu regardants de la réglementation figurent parmi les publics les plus virulents. Ces derniers peuvent réagir de manière explosive lors des contrôles, invoquant le stress que génère la présence des agents.

"Il y a un chasseur qu'on a contrôlé, tout allait bien, mais il était super stressé il nous a dit qu'il allait aller chez son hypnothérapeute pour arrêter de stresser sur les contrôles."

Face à ces réactions, les agents de l’OFB ayant des missions de police ont développé une règle d'or non écrite : ne jamais faire la morale au moment de la verbalisation. 

"Quand on verbalise on ne fait jamais la morale car les gens pourraient péter les plombs. On ne s'énerve pas, on verbalise, point. On fait la morale uniquement quand on ne verbalise pas."

Face à la société civile : l’exemple d’un parc marin

La population locale se sent souvent directement concernée par l’usage de la mer et des littoraux, et peut percevoir certaines règles comme des décisions venues de l’extérieur. Pour éviter ce décalage, des dispositifs de concertation sont mis en place en amont des décisions, afin d’associer les acteurs du territoire à la construction des règles.

Dans les parcs naturels marins, cette gouvernance repose notamment sur un Conseil de gestion. Il réunit environ soixante-dix membres représentant les différents usages du territoire. On y trouve des élus locaux, des représentants des activités économiques comme la pêche ou la conchyliculture, des usagers de loisirs comme les plongeurs, ainsi que des experts de l’environnement et de la gestion des milieux.

Lorsqu’un projet est envisagé, comme l’extension d’un port, le porteur de projet, souvent accompagné d’un bureau d’études, constitue d’abord un dossier. Il y décrit précisément les travaux prévus et produit une étude d’impact environnemental. Ce dossier explique les effets potentiels sur les milieux naturels et précise les mesures prévues pour les éviter, les réduire ou les compenser. Pendant la phase d’instruction, l’OFB et le Parc sont sollicités pour analyser ce dossier à partir de leur expertise scientifique et de terrain. Ils peuvent confronter les hypothèses du porteur de projet à leurs propres observations et proposer des améliorations.

Selon la nature du projet, l’avis rendu peut être simple ou conforme. Lorsqu’il est conforme, il est débattu au sein du Conseil de gestion, qui formule une position transmise au préfet. C’est ensuite le préfet qui prend la décision finale d’autorisation, en s’appuyant sur cette délibération. Dans certains cas, notamment pour des projets d’ampleur nationale, l’État peut également solliciter directement l’avis du conseil d’administration de l’OFB.

Si le Parc n’est pas systématiquement saisi sur certains projets, cela ne signifie pas un désengagement, mais le fait que l’impact sur le milieu marin est jugé non significatif à l’échelle du périmètre concerné. Les recommandations peuvent alors être demandées à titre simple, ou ne pas être sollicitées. Elles peuvent ensuite être prises en compte totalement, partiellement ou pas du tout par les décideurs publics.

Histoire vraie :

Passionnée de climat - fille de climatosceptique

Sarah est passionnée par son métier de chargée de recherche au sein de l’OFB. Elle travaille sur un projet de restauration. Ses travaux de recherche lui donnent l’impression d’être utile en œuvrant au quotidien pour préserver la biodiversité. À la maison, c’est un autre sujet, elle doit gérer son père, Gérard, climatosceptique… 

Histoire vraie :

Vous avez dit Sisyphe ?

Enya est chargée de mission de l’OFB. Sa mission ? Restaurer un lac apiscicole, c’est-à-dire naturellement sans poisson, comme c’est le cas de certains lacs naturels de haute montagne où les poissons n’ont jamais pu coloniser naturellement le milieu (barrières glaciaires, altitude, températures trop basses, isolement). 

Le problème, c’est qu’une association de pêcheurs aurait largué des bancs entiers de poissons par hélicoptère. La tâche d’Enya consiste alors à récupérer TOUS les poissons. Mission sans fin, je vous l’accorde. Alors tous les jours, deux agents montent à bord d’un bateau sur le lac. Tandis que l’un plonge une perche faiblement électrifiée pour étourdir les poissons, l’autre les récupère à l’épuisette. Bon courage !

OFB contre agriculteurs : un faux débat ? 

L’OFB fait l’objet de fortes critiques de la part d’une partie du monde agricole, qui perçoit l’institution comme un outil de contrainte environnementale. Dans le même temps, plusieurs responsables politiques défendent l’idée d’un démantèlement ou d’une profonde réorganisation de l’établissement, alimentant l’incertitude des agents quant à l’avenir de leur institution après 2027. 

Grégoire et le trauma de la crise agricole

Quand on interroge Grégoire, jeune agent de l’OFB, sur la fameuse crise agricole de 2024, sa mine se ferme. Les réponses deviennent évasives, les mots, choisis :

“grosso modo les agriculteurs ont remis en cause nos contrôles. Il y a eu des manifestations, des établissements saccagés, des choses comme ça…”.

On sent que le sujet crispe. Grégoire ne se souvient pas d’un incident déclencheur précis, mais c’est :

“peut-être parce qu’[il] est rentré récemment dans l'établissement”

Il imagine que certains contrôles ont mal tourné. Pourtant, selon lui, c’est rare :

“les collègues essaient autant que possible d'avoir un comportement exemplaire, parce qu'on a une neutralité vis-à-vis de notre travail.”

Si la crise a secoué tout le pays, le Nord a été plutôt épargné. Rien à voir avec le Sud, notamment le Lot-et-Garonne, où les tensions ont explosé : locaux de l’OFB attaqués, agents menacés de mort, sangliers éventrés et pendus devant les bâtiments… Pour Grégoire, cette colère s’explique en partie par une méconnaissance du rôle et de l’utilité de l’OFB :

“vu que l'établissement est nouveau, les gens n'ont pas eu le temps de nous connaître, ou du moins de nous connaître différemment que sous la crise agricole.” 

“Lors de la crise agricole, l’OFB a été pris à partie comme un bouc-émissaire pour catalyser les tensions du monde agricole, alors que statistiquement une exploitation se fait contrôler une fois tous les 120 ans !”

(un cadre de la direction nationale de l’OFB)

Et les pêcheurs dans tout ça ? 

Les mêmes tensions existent avec les pêcheurs professionnels en mer, avec qui l’OFB est en concertation régulière. Alors que ce dialogue est essentiel pour analyser et contenir les risques environnementaux de la pêche, une forte frustration se fait sentir : “Pourquoi rajouter des contraintes quand il y en a déjà ?”. En effet, la zone d’exercice des pêcheurs s’est réduite par rapport à ce qu’elle a pu être ; et ce corps de métier est de plus en plus surveillé.

Les mesures nécessaires à la protection des écosystèmes génèrent une résistance forte car l’activité économique du territoire sera immanquablement impactée. Or, on ne change pas un modèle économique en un claquement de doigts !

“Comment voulez-vous expliquer à un pêcheur de 55 ans qui drague la coquille Saint Jacques qu’il doit mettre un terme à cette activité, et se mettre à la pêche en plongée-bouteille ?”

Pour éviter les interdictions, il serait souvent préférable d’accompagner les professionnels dans des transitions d’une pratique à l’autre, par exemple en finançant des formations ou en subventionnant du nouveau matériel … Mais cela nécessite beaucoup de moyens qui ne sont pas toujours là.

OFB contre activistes écologistes

Il arrive quelquefois que l'OFB affronte des associations militantes ou des citoyens mobilisés qui défendent également la biodiversité. Ce paradoxe révèle une fracture profonde entre la science institutionnelle et l'activisme de terrain, entre la rigueur du protocole et l'urgence de l'action. 

ZOOM SUR LE CAS CASTOR

Chercheurs OFB vs Écolo & Artistes

Depuis quelques années, un sujet brûlant met l’OFB sur les dents : le retour des castors en France. Il faut savoir qu’à l’origine cette espèce occupait la quasi-totalité de l’Europe, mais elle fut quasi décimée au début du XXe siècle pour l’exploitation de sa fourrure et de sa viande. Grâce à sa protection depuis 1968 et à des réintroductions - officielles par l’OFB, plus officieuses côté militants - il recolonise lentement les rivières françaises. Or, ces animaux sont de supers ingénieurs de l’écosystème. Les barrages qu’ils construisent ralentissent le débit de l’eau et améliorent les habitats des rivières et des berges. 

En France, les “penseurs du vivants”, appellation derrière laquelle on retrouve des philosophes et anthropologues, se sont emparés du sujet des castors. Parmi eux, le philosophe Baptiste Morizot s’est distingué sur la scène médiatique en prônant un projet de régénération low tech des rivières inspiré par les barrages de castor (cf. Beaver Dam Analogues (BDA)). Mais sans diagnostic préalable ni objectifs définis, ces projets peuvent parfois être inefficaces, voire contre-productifs. 

Dans ces cas-là, il est nécessaire de mettre en place des espaces de travail en commun et d'échange pour que les différents acteurs agissent ensemble, et parviennent à résoudre des problématiques en mutualisant leurs expertises. 

Fin

Fin

À vous maintenant !

Cette boîte à outils n'est pas un scénario mais un terrain de jeu. Vous pouvez y entrer par la petite porte (un agent qui tombe sur un wallaby dans un pavillon de banlieue…) ou par la grande (une institution en perpétuelle crise de légitimité…). Vous pouvez raconter Roland et son lagopède, Grégoire et son trauma de la crise agricole, Caroline qui défend l'OFB contre vents et marées depuis un bureau de direction. Ce que vous ne pourrez pas faire, c'est prétendre que le sujet est mineur. La biodiversité, l'eau, le vivant : ce sont les prochains grands conflits humains. L'OFB y est déjà plongé. 

Comme le scénario, le droit de l'environnement est encore en train de s'écrire. Il ne repose pas sur un cadre figé, mais sur une suite de négociations permanentes entre protection du vivant et intérêts économiques. Derrière chaque contrôle, chaque enquête ou chaque opération de terrain, s’exprime une tension constante entre l’action de l’État et les réalités locales. Les agents de l’OFB y maintiennent une exigence récurrente : l’adhésion au droit. À nous scénaristes de rappeler ce cadre pour en finir avec les clichés. Racontons à partir de cette contrainte et non pas contre elle. Racontons enfin raconter combien cette bataille pour le vivant est à la fois laborieuse et belle…

En attendant que votre polar à la sauce OFB voie le jour, n’hésitez pas à nous envoyer un mail pour partager vos retours : nous serons ravis de vous lire. D’ailleurs si vous êtes scénariste et sympathique, vous pouvez rejoindre notre collectif ! Et si vous avez des envies de participer ou même de créer une  boîte à outils sur un enjeu environnemental, on vous recevra avec plaisir.


À bientôt !


Les scénaristes de Nouvelle Séquence


Nous retrouver:

  • Instagram : @nouvellesequence

  • Mail : contact[at]nouvelle-sequence.fr

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